Sans être catégorique, faute de statistiques cliniques sur les prédateurs sexuels d'âge mineur, l'expert psychiatre Louis Morissette est d'avis que le jeune violeur de 17 ans qui a fait neuf victimes à Montréal-Nord en 2005 et 2006 devrait, exceptionnellement, être déclaré délinquant dangereux ou à contrôler, de façon à le garder sous surveillance pendant les années qui suivront sa sortie du pénitencier.

André Cédilot LA PRESSE

Des entretiens avec l'accusé et l'examen de divers rapports de police et d'expertises psychologiques ont convaincu le spécialiste de l'Institut Philippe-Pinel que le prévenu, aujourd'hui âgé de 20 ans, présente des traits narcissiques et souffre de paraphilie, une des déviances sexuelles les plus graves et les plus difficiles à traiter sur le plan médical. «Étant donné son âge, il pourrait changer. Par contre, si on regarde les gestes qu'il a posés, et qui augmentaient en gravité d'une fois à l'autre, il y des risques de récidive», a-t-il dit hier, lors de son témoignage devant le tribunal de la jeunesse.

 

De forte taille, l'accusé a reconnu s'être attaqué à 9 jeunes femmes de 14 à 26 ans rencontrées au hasard dans les rues de Montréal-Nord, entre novembre 2005 et octobre 2006. Il en a même brutalisé et menacé quelques-unes avec un couteau. Statistiquement parlant, chez les adultes déjà condamnés, d'avancer le Dr Morissette, «les agresseurs de femmes adultes inconnues» sont portés à récidiver. Et ils sont en outre de plus en plus violents. Dans certains cas, ces prédateurs sexuels vont même jusqu'au meurtre.

Malgré son jeune âge et son intelligence, l'accusé, selon lui, a toutes les caractéristiques d'un prédateur sexuel. D'après le psychiatre, c'est la frustration et le manque d'estime de soi - causés en grande partie par son éducation paternelle «contrôlante», ses échecs scolaires et sa perte de popularité au ballon-panier - qui ont incité l'accusé à commettre cette série de crimes.

«Quand je l'ai rencontré, il a reconnu s'être senti revalorisé après avoir fait sa première victime. Et il a aimé ça. Il a donc continué et augmenté la violence de ses gestes, jusqu'à se servir d'un couteau. En faisant peur à ses victimes, il se pensait encore plus puissant. Bref, il calmait son malaise en contrôlant les autres. Ça a pris une tournure sexuelle, je ne sais pas pourquoi», a relaté le Dr Morissette.

Tout en qualifiant l'accusé de «grand livre ouvert», sauf en ce qui concerne ses fantasmes sexuels, le Dr Morissette note que son comportement s'est amélioré depuis les deux ans qu'il est interné dans un centre jeunesse.

En plus de se défendre d'une accusation de délinquant dangereux ou à contrôler, l'accusé est passible de 14 ans de pénitencier, étant donné qu'il a accepté d'être jugé comme adulte.

Avant de rendre sentence, le juge Gaétan Zonato devra entendre un expert de la défense. L'accusé doit également témoigner. Les prochaines audiences ont été fixées aux 20 et 26 mai.