Incarcérée depuis 13 mois à la prison pour femmes de Joliette pour avoir été l'une des têtes dirigeantes d'un réseau italo-asiatique qui écoulait 250 livres de marijuana par semaine aux États-Unis et en Ontario, Thi Mi Nguyen s'est vu accorder une semi-liberté. Sur ordre des commissaires, elle passera les six prochains mois au moins dans une maison de transition, avant de recouvrer la liberté.

André Cédilot LA PRESSE

À 55 ans, Mme Nguyen, qui a écopé de trois ans de pénitencier en février 2008, en est à ses premiers démêlés avec la justice. Mère de trois enfants qui ont bien réussi, elle s'est dite rongée de honte pour avoir plongé sa famille dans l'embarras à cause de ses agissements. «Je voyais pas de mal à ça. J'ai réalisé en prison la gravité de mes crimes, en parlant avec des codétenues aux prises avec des problèmes de drogue», a-t-elle dit, hier, lors de l'audience de la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC).

 

À l'en croire, c'est le profond sentiment de solitude ressenti à la suite de sa séparation et du départ de la maison de ses enfants qui a provoqué sa chute sociale. Elle s'est mise à jouer au casino où elle a flambé beaucoup d'argent. Un soir qu'elle était assise au bar, les poches vides, une compatriote vietnamienne lui a remis quelques milliers de dollars. Mme Nguyen a ensuite transporté de la marijuana que la vieille femme achetait de producteurs d'origine asiatique. À un moment donné, alors que le groupe se cherchait de nouveaux distributeurs, Mme Nguyen lui a présenté son gendre, Tony Di Maulo.

«Quand elle est décédée, en décembre 2005, j'ai pris sa place», a relaté Mme Nguyen. Tout en reconnaissant avoir fait beaucoup d'argent - elle touchait personnellement de 25 à 50$ la livre de marijuana vendue - la ressortissante vietnamienne soutient avoir appris seulement après son arrestation, en mars 2006, l'ampleur du réseau dont elle faisait partie. Elle agissait comme tête de pont entre les producteurs asiatiques et Tony Di Maulo qui leur achetait la marijuana en quantité industrielle. Neveu des célèbres «parrains» montréalais, Di Maulo dirigeait les trafics avec son ami restaurateur, Giuseppe Cossentino.

Confrontée à l'univers carcéral, Mme Nguyen a mis du temps à se confier à ses superviseurs. Détenue modèle, exempte de sanction disciplinaire, elle s'est reprise de belle façon en participant à divers programmes de réinsertion sociale. Elle a aussi suivi des thérapies pour enrayer son problème de jeu. «Elle a fait un gros travail sur elle-même», a souligné son agent de libération conditionnelle. Une fois sortie, Mme Nguyen prévoyait aller vivre chez l'une de ses filles, en attendant de trouver un emploi et de refaire sa vie.