Saïd Namouh est-il un terroriste actif qui planifiait de faire exploser un engin quelque part dans le monde comme le prétend le ministère public, ou s'est-il exprimé librement comme la Charte des droits et libertés le permet?

Christiane Desjardins LA PRESSE

Voilà une des grandes questions que le juge Claude Leblond devra trancher au procès de Namouh, qui a commencé hier au palais de justice de Montréal. Ce Marocain d'origine, qui a obtenu sa résidence permanente en 2003 après avoir épousé une Québécoise, est accusé de complot à l'engin explosif, de participation aux activités d'un groupe terroriste, de facilitation d'une activité terroriste et d'extorsion en association avec un groupe terroriste.

En fait, la Couronne prétend qu'il est membre du Global Islamic Media Front. Même s'il n'est pas sur la liste des organisations terroristes, le GIMF participe directement et encourage les activités terroristes, affirme le ministère public. Namouh aurait relayé, traduit ou mis en ligne du matériel relié au terrorisme.

Les crimes reprochés se seraient produits entre novembre 2006 et septembre 2007, alors que Namouh résidait dans la région de Maskinongé et Trois-Rivières. Après son arrestation, il avait d'ailleurs été surnommé le «terroriste de Maskinongé». L'homme de 35 ans est tombé dans les filets d'une enquête internationale qui a pris sa source en Autriche.

La preuve retenue contre Namouh repose en grande partie sur du matériel informatique, soit des conversations voice over IP (communications verbales transmises sur l'Internet), des séances de clavardage et des discussions sur le forum Khidemat. Utilisant le plus souvent le pseudonyme de Ashraf, il a participé à ce forum 1075 fois à titre de modérateur et 1275 fois comme directeur entre septembre 2006 et septembre 2007.

Son coconspirateur allégué en Autriche, Mohamed Mahmoud, utilisait différents surnoms. Par ailleurs, dans les trois mois précédant son arrestation, Namouh a reçu différentes sommes d'argent (environ 7000$), en provenance de l'Autriche et de l'Arabie Saoudite.

Connaissances en informatique

Lors de son résumé de la preuve, hier, le procureur de la Couronne Dominique Dudemaine a signalé que la défense admet les événements. «Le coeur du débat est de déterminer s'il s'agit d'actes terroristes. La défense va plaider la liberté d'expression», a dit Me Dudemaine.

Me René Duval, qui représente Namouh, s'est dit content que le procès débute, parce que son client va enfin «voir la lumière au bout du tunnel». C'est un expert en crimes technologiques de la GRC, Mike Sforza, qui a pris la barre comme premier témoin, hier. Il accompagnait les policiers au moment de l'arrestation de Namouh, en septembre 2007, et a disséqué l'ordinateur de l'accusé. Namouh avait apparemment de grandes connaissances en informatique.

Le procès se poursuit aujourd'hui.