Pour avoir tenté d'aider son fils à fuir la justice après qu'il eut mis le feu à l'école juive United Talmud Torah, en 2004, Rouba Elmerhebi, 40 ans, a été condamnée à une période de probation de 12 mois, mardi après-midi.

Christiane Desjardins LA PRESSE

L'avocat de l'accusée, Me Gilles Pariseau, voulait une absolution pour sa cliente. Il est d'avis que c'est le «coeur de mère» de Mme Elmerhebi qui l'a fait agir ainsi. La procureure de la Couronne, Anne Aubé a estimé qu'une telle clémence nuirait à l'intérêt public, car cela enverrait le message qu'il n'est pas si grave d'aider les gens à fuir la justice. Elle a suggéré une peine à purger dans la collectivité, assortie de travaux communautaires. Pour le juge Robert Marchi, la preuve a été faite hors de tout doute raisonnable que l'accusée connaissait la nature du crime que son fils avait commis, le 5 avril 2004, et qu'elle a tenté d'organiser sa fuite vers le Brésil, le 13 mai 2004. Cette preuve tient principalement sur sept conversations interceptées par la police, dans la journée du 13 mai 2004.

Ce jour-là, en matinée, les policiers sont allés voir Sleiman Elmerhebi au Canadian Tire où il travaillait. Ils étaient déjà sur sa piste et espéraient qu'en l'informant de certains détails de l'enquête, il s'affolerait et se commettrait.

Les policiers l'ont donc informé qu'ils étaient sur la piste des bidons de kérosène ayant servi à mettre le feu à l'école juive de Saint-Laurent. Ces bidons n'étaient disponibles qu'au Canadian Tire. Sachant parfaitement bien que c'est lui et un ami qui les avaient achetés, deux jours avant l'incendie, Sleiman a senti la soupe chaude.

Dans les heures suivantes, le jeune homme a avoué son crime à un ami et s'est entretenu avec sa mère. Celle-ci s'est empressée de téléphoner à une agence de voyages pour envoyer son fils au Brésil. Elle a insisté et était même prête à payer le billet plus cher pour qu'il ne passe pas par les États-Unis. Il faut dire que l'incendie avait fait grand bruit et était considéré comme un acte terroriste. D'ailleurs, le jeune homme avait laissé des tracts revendiquant l'attentat, ceci afin de venger l'assassinat du cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel du Hammas.

Quoi qu'il en soit, la mère et le fils ont été arrêtés dans les heures suivantes. Sleiman Elmerhebi a écopé d'une peine de 40 mois de pénitencier après s'être avoué coupable d'incendie criminel dans cette affaire. Il est sorti de prison depuis. Il est d'ailleurs venu témoigner au procès de sa mère, pour la couvrir. «Ma mère ne savait pas», a-t-il menti. Sur les enregistrements interceptés par la police, il disait que sa mère savait depuis le début et qu'elle «paniquait avec ça».