Si les élus et les partis politiques étaient plus transparents et donnaient accès à certains débats internes, pour que le public suive les réflexions, est-ce que ça changerait la dynamique au parlement ?

Christine St-Pierre : Le gouvernement hésiterait parce qu’il donnerait des munitions à l’opposition et à ses adversaires. Par contre, sur la transparence, il y a vraiment une réflexion à faire. C’est de plus en plus épouvantable de voir les demandes d’accès à l’information caviardées. Je salue aussi les fonctionnaires qui ont le courage de parler. Il y a une frustration qui s’installe dans l’appareil gouvernemental parce qu’ils passent pour des pas bons, encore plus quand des ministres disent qu’ils n’ont pas l’expertise à l’interne et qu’ils doivent aller chercher des « top guns » au privé.

Véronique Hivon : Je veux juste revenir sur la question de la relation avec les médias. Ce qui est parfois difficile, quand un projet de loi est déposé, c’est que le sujet est traité la journée même. Si tu ne réagis pas immédiatement, y aura-t-il un suivi après ? Par exemple, la réforme du droit de la famille. C’est super important, mais la consultation publique en commission parlementaire a eu lieu dans une semaine [très occupée] au parlement. Les journalistes n’avaient pas nécessairement le temps d’aller l’écouter.

Mais la réforme du droit de la famille, est-ce qu’on s’est donné trop de temps pour y réfléchir ? Un rapport du comité consultatif présidé par le professeur Alain Roy a tout de même été déposé au gouvernement en 2015 et le dossier n’a pas avancé, ou peu avancé, par la suite.

Christine St-Pierre : Ça a niaisé.

Donc se donner trop de temps, est-ce un piège pour ralentir des débats plus clivants ?

Christine St-Pierre : Il y a eu le rapport Roy, mais une fois livré, il fallait faire une commission parlementaire.

Véronique Hivon : Pour faire lever le débat.

En réformant le parlementarisme, doit-on donner un pouvoir à l’opposition et à la société civile pour provoquer des commissions parlementaires sur des enjeux d’intérêt public ?

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Véronique Hivon

Véronique Hivon : Mourir dans la dignité est un exemple. C’est venu de l’opposition. Même chose pour les tribunaux spécialisés en matière de violence sexuelle et de violence conjugale. Mais pour revenir à ta question, le temps est parfois utilisé pour enterrer un dossier. C’est pour ça qu’il faut trouver des moyens différents pour aborder les enjeux complexes. La transpartisanerie en est un. Quand on me demande pourquoi ça a fonctionné, les soins de fin de vie, le temps a été un élément de succès pour permettre au débat de lever.

Mais comment reproduire ce succès ?

Christine St-Pierre : Je ne pense pas qu’on pourrait le faire dans tous les dossiers. Un sujet transpartisan que j’ai fait, c’est sur l’exploitation sexuelle des mineurs. Ça a très bien fonctionné. Dans d’autres cas, comme pour la filière batterie en ce moment, ça devrait faire l’objet d’un débat de société.

Véronique Hivon : Je parlais plus tôt des deux voies parallèles que les médias pourraient mettre en place pour traiter l’information à la fois rapidement et en profondeur. Je pense que c’est la même chose pour la gestion des dossiers au Parlement. Quand tu donnes du temps aux enjeux importants, tu fais en sorte que la réforme qui atterrit est entrée dans les maisons. [La population la comprend] et les trois quarts du travail sont faits.

Avez-vous des idées très concrètes qui pourraient être mises en place pour ralentir le rythme en politique et se donner plus de temps pour réfléchir ?

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Christine St-Pierre et Véronique Hivon

Christine St-Pierre : [Dans certaines législations], les questions sont transmises avant pour que le ministre donne une réponse qui est intelligente, pas une réponse partisane où il rit du monde. Certains ministres ne sont pas très habiles pour cet exercice et ils passent pour des nouilles parce qu’ils ne livrent pas une réponse comme il faut. Je pense qu’on devrait avoir une réflexion sur la période des questions.

Véronique Hivon : J’aimerais également qu’on se donne du temps pour des rencontres entre les élus et les médias, à un rythme régulier, pour nous permettre de vivre de vrais débats.

Christine St-Pierre : Une chose qui ne devrait pas exister, c’est d’ajouter plusieurs modifications à un projet de loi juste avant qu’il soit adopté sous bâillon. Tu ne devrais pas pouvoir faire ça. Tu prends tout le monde par surprise sans que ça soit analysé.

Véronique Hivon : Une dernière idée, ça serait d’avoir un sujet par année pour une commission parlementaire transpartisane. Un grand sujet par année pour lequel tu te donnes du temps et dont tu sais qu’il va faire l’objet d’un bon débat. Et il ne manque pas de sujets.

Les propos ont été abrégés et condensés à des fins de concision.