Le gouvernement Legault et l'ensemble des partis de l'opposition ont dit être prêts à légiférer pour encadrer l'usage des données personnelles des électeurs par les partis politiques, jeudi.

Mis à jour le 21 févr. 2019
MARTIN CROTEAU LA PRESSE

La ministre Sonia LeBel, qui est responsable du Secrétariat à l'accès à l'information et à la réforme des institutions démocratiques, a confirmé qu'elle discutera de la situation avec le Directeur général des élections (DGEQ), Pierre Reid, la semaine prochaine.

« Malgré les scandales qui ont eu lieu à l'étranger, rien ne nous laisse penser qu'au Québec, c'est la même situation, a indiqué Mme LeBel. Maintenant, ce n'est pas parce qu'on pense que ça n'arrive pas qu'il ne faut pas le prévenir pour le futur et c'est pour ça qu'on va travailler là-dessus. »

Mercredi, Me Reid a lancé une nouvelle salve dans son combat pour forcer le monde politique à mieux protéger la vie privée des électeurs. Il a déposé un rapport de 145 pages qui recommande qu'une commission spéciale se penche sur la question.

La ministre LeBel dit recevoir « très positivement » le rapport du DGEQ. Elle souhaite d'ailleurs entamer une réflexion plus large sur la protection de la vie privée au Québec, alors que son gouvernement s'apprête à confier les données de plusieurs ministères à des sous-traitants privés.

« La protection des données personnelles, il faut le dire aux gens, c'est très important, c'est plus vaste que juste pour les partis politiques », a dit la ministre.

Le Parti libéral, le Parti québécois et Québec solidaire ont également accueilli avec intérêt les recommandations de Me Reid.

« C'est un enjeu qui risque d'être très important dans les prochaines années, a convenu le chef par intérim du PLQ, Pierre Arcand. On est de plus en plus capable maintenant d'aller du côté des données personnelles. »

Le chef par intérim du PQ, Pascal Bérubé, s'est lui aussi dit favorable à ce qu'une loi encadre l'action des partis politiques.

« Les données personnelles, je pense que là où les gens sont les plus inquiets, c'est l'utilisation à des fins publicitaires, a dit M. Bérubé. Transférer à un tiers, par exemple, c'est très préoccupant. Moi, ça me préoccupe pour mes données personnelles et je pense que c'est partagé. Alors je pense que c'est une évidence qu'il faut en faire davantage. »

Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a abondé dans le même sens. Il prévient toutefois qu'il faut préserver la possibilité pour les partis politiques de prendre contact avec les électeurs afin de faire valoir leurs idées et écouter leurs préoccupations.

« On dit depuis longtemps qu'il faut moderniser l'encadrement législatif à ce niveau parce que les temps ont changé, parce que le bon vieux pointage téléphonique est de moins en moins utilisé et c'est normal, a dit M. Nadeau-Dubois. Les partis utilisent de nouvelles manières de rejoindre les électeurs. Ça, c'est une bonne chose. »

Au cours des dernières années, les partis politiques ont constitué des banques de données qui croisent les renseignements de la liste électorale, du recensement et de leurs propres interactions avec les citoyens. À l'aide d'algorithmes sophistiqués, ils peuvent maintenant créer des indices de sympathie de chaque électeur à leur endroit.

Des renseignements sont ainsi compilés sur des millions de personnes - souvent à leur insu - sans qu'aucune institution ne contrôle la manière dont les partis les obtiennent ni l'usage qu'ils en font. Car contrairement aux entreprises privées, les partis politiques sont exemptés des lois de protection de la vie privée.