La Sûreté du Québec (SQ) a mis à jour ses règles internes, mercredi, pour permettre aux agents de protection de la faune de vérifier si des chasseurs ont inscrit leurs carabines au registre des armes à feu.

MARTIN CROTEAU LA PRESSE

À la demande de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, la force policière a modifié le protocole qui précise les renseignements qu'elle est autorisée à communiquer à ces agents. Jusqu'à mercredi, la liste n'incluait pas les enregistrements au Service d'immatriculation des armes à feu.

« La situation a été corrigée et la Direction générale de la protection de la faune a été informée », a indiqué Claude Denis, porte-parole de la SQ.

Depuis le 30 janvier, tous les détenteurs d'armes à feu doivent les inscrire au registre. Le programme est largement boycotté : environ les trois quarts des armes en circulation au Québec n'ont toujours pas été déclarées.

Au même moment, les agents de protection de la faune ont reçu l'ordre de ne pas donner de contraventions aux chasseurs récalcitrants, a confirmé le gouvernement Legault mercredi matin. Une « directive opérationnelle » leur dicte de n'entreprendre « aucune action juridique » contre des propriétaires d'armes récalcitrants.

Cet imbroglio a deux causes, selon Mme Guilbault : l'absence d'une entente administrative entre son ministère et celui qui chapeaute les agents de la faune, et l'absence d'outils techniques qui leur permettraient de mener des vérifications rapidement.

« Cette loi était mal ficelée », a dénoncé Mme Guilbault.

« Ce sont les libéraux qui ont adopté cette loi-là et on s'aperçoit que les choses n'avaient pas été attachées, entendues entre nos deux ministères. » - Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

Au cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, on a confirmé en soirée qu'une nouvelle directive serait bientôt acheminée aux agents de protection de la faune.

« [Ils] seront informés, au cours des prochains jours, qu'ils pourront intervenir pour procéder aux vérifications nécessaires », a indiqué la porte-parole du ministre, Véronique Boulanger.

Lorsqu'ils apercevront un chasseur qui contrevient à la loi, ils le dénonceront à la SQ, qui sera chargée de lui faire parvenir une amende.

LE PLQ RÉPLIQUE

Le Parti libéral a balayé d'un revers de main les reproches de la ministre. La députée Christine St-Pierre a souligné que c'est le gouvernement Legault, et non le sien, qui a ordonné aux agents de protection de la faune de ne pas sévir contre les chasseurs.

« C'est quand même inconcevable, a ironisé la députée. On voit que ces ministres-là ne se parlent pas. »

Les agents de protection de la faune contrôlent déjà la validité des permis de chasse de ceux qu'ils rencontrent dans la forêt.

Le président du Syndicat des agents de protection de la faune du Québec, Martin Perreault, s'est montré tiède à l'idée que ses membres soient chargés de vérifier l'immatriculation au registre.

« Ça peut être une source de conflit dans le bois, a dit M. Perreault en entrevue. Nous, on ne s'en va pas dans le bois pour écoeurer les chasseurs. »