Dans une intervention empreinte d'émotion, le premier ministre sortant, Philippe Couillard, a fait un plaidoyer en faveur de l'intégration des nouveaux arrivants, un credo dans le droit fil de toutes ses interventions depuis son retour en politique en 2013.

Mis à jour le 5 oct. 2018
Denis Lessard LA PRESSE

Tout le monde s'y attendait, il a confirmé sa décision de tirer un trait, pour de bon, sur sa carrière politique. Il quitte ainsi sa fonction de chef du Parti libéral du Québec et renonce à son siège de député de Roberval.

Dans le hall du siège de l'Assemblée nationale, devant quelques dizaines de collaborateurs, M. Couillard était manifestement ému, cassant l'image de cérébral un peu désincarné qu'il a traînée tout au long de sa carrière politique. Surtout, il a tenu, pour cette dernière brève allocution, à souligner l'importance de l'intégration des nouveaux arrivants.

Réprimant avec peine ses sanglots, il a rendu hommage à sa conjointe, Suzanne Pilote, pour sa connaissance « de la vraie vie du vrai monde ! ». « Il est temps de penser un peu à nous, comme dit la chanson... », a-t-il ajouté, la voix brisée par l'émotion. Sa femme, à ses côtés, l'a alors enlacé, sentant le besoin de le réconforter.

« Demeurer en politique à quelque titre que ce soit est au-delà de ce que je me sens humainement capable de faire. Je demande aux Québécois de le comprendre et de me laisser prendre congé en paix », a-t-il déclaré, tirant un trait sur près de 10 années de vie publique.

MISE EN GARDE À LA CAQ

À plusieurs reprises, M. Couillard est revenu sur la nécessaire intégration des immigrants.

« Le Québec doit demeurer un endroit où on juge les humains pour ce qu'il y a dans leur tête, pas sur leur tête ! Pour ce qu'il y a dans leur coeur. Pour ce qu'ils ont à nous apporter », a-t-il lancé. Il était dans le droit fil des positions adoptées depuis son retour en politique. Il avait dès 2013 décidé que le visage découvert serait obligatoire pour donner ou recevoir des services de l'État ; en revanche, le port de signes religieux visibles ne serait pas autrement balisé.

« [Ces néo-Québécois], qui combleront beaucoup des emplois disponibles, ne représentent pas une menace pour notre caractère distinct. Au contraire. Chacun constitue un actif essentiel à notre croissance. À nous de faire en sorte qu'ils s'intègrent bien à la société québécoise, partout sur notre territoire. » - Philippe Couillard

Alors que, la veille, la Coalition avenir Québec annonçait son intention de proscrire le port de signes religieux pour les employés de l'État en position d'autorité, il a lancé une mise en garde sans détour. « Chaque mot, chaque geste compte, dans un sens ou dans l'autre », a-t-il prévenu, invitant les libéraux à ne pas brader leurs valeurs pour des gains électoraux à court terme.

Citant l'écrivain Amin Maalouf, de l'Académie française, il a souligné que « le sort des minorités n'est pas un dossier parmi d'autres. Il est, avec le sort des femmes, l'un des révélateurs les plus sûrs de l'avancement moral ou de la régression ».

« Notre Assemblée nationale se doit de protéger leurs droits, plutôt que de les restreindre, pour conserver sa légitimité », relève-t-il. « La majorité n'a pas tous les droits, et ceux qui l'exercent doivent être compensés par la protection des minorités. C'est un principe fondamental », a-t-il ajouté.

PIRE DÉFAITE DE L'HISTOIRE DU PLQ

Il faut rappeler que lundi, avec 32 circonscriptions et 24,75 % des voix, le Parti libéral du Québec a fait sa pire performance électorale en 150 ans d'histoire. En août, au moment de la dissolution de la Chambre, le PLQ comptait 68 sièges à l'Assemblée nationale.

Pour M. Couillard, « le résultat sans équivoque de l'élection générale, après un mandat pourtant marqué par un redressement et une relance historiques du Québec, [l]'amène à prendre cette décision ». « Le désir de changement s'est clairement exprimé, a-t-il poursuivi, il faut donc en assumer les conséquences. »

« Une nouvelle personne, peut-être une nouvelle génération, si les militants le décident, guidera la prochaine étape de la vie de notre grand parti. » - Philippe Couillard

Il a profité de la tribune pour faire un bilan positif de son passage aux commandes du gouvernement. « Je laisse le Québec dans un bien meilleur état que celui dans lequel je l'ai trouvé en avril 2014. Entre avril 2014 et octobre 2018, le changement est profond. Nos finances sont solidement équilibrées. Le poids de la dette est en baisse. L'économie tourne à plein régime. Un nombre d'emplois record a été créé. »

Rappelant les annonces de la dernière année, il a relevé que maintenant, « plus de 3000 personnes de plus oeuvrent dans nos écoles, 1500 de plus en soins à domicile et 2000 en soins prolongés. Plus d'un million de Québécoises et Québécois de plus ont accès à un médecin de famille ».

Un engagement salué par la classe politique

L'annonce du départ de Philippe Couillard a suscité de nombreuses réactions. Des politiciens de toutes allégeances ont salué son engagement. Survol.

« Je salue la contribution importante du premier ministre sortant, Philippe Couillard, à la vie publique québécoise. La politique est exigeante et demande du courage, ce qui force le respect. Je lui souhaite la meilleure des chances pour la suite. » - François Legault, premier ministre désigné et chef de la Coalition avenir Québec, sur Twitter

« Nos désaccords étaient nombreux et profonds, mais je salue chez Philippe Couillard ses années d'engagement politique au service de sa vision du bien commun et sa grande résilience dans les tourmentes. » - Jean-François Lisée, chef démissionnaire du Parti québécois, sur Twitter

« Je tiens à remercier M. Couillard pour sa contribution au service public. Nous n'avons pas souvent été d'accord, mais je dois souligner son grand respect pour l'institution parlementaire. » - Manon Massé, co-porte-parole de Québec solidaire, sur Twitter

« Je veux remercier Philippe pour ses années de service auprès des Québécois, auprès de nos communautés et auprès du Canada en tant que premier ministre du Québec. C'est quelqu'un qui a toujours pris très au sérieux ses responsabilités et on a travaillé très bien avec lui. J'ai développé une amitié avec Philippe et j'ai beaucoup de respect pour quiconque se présente en politique et qui dure aussi longtemps que lui. » - Justin Trudeau, premier ministre du Canada

« Nul doute que Philippe Couillard aura marqué l'histoire du Québec. Un homme de valeurs et de principes. Un discours d'adieu remarquable. Merci ! À toi, mais aussi à Suzanne. » - Gaétan Barrette, ex-ministre de la Santé et des Services sociaux et député libéral réélu dans La Pinière, sur Twitter

« Ce fut un honneur que de servir le Québec sous le leadership de Philippe Couillard. Chef, je vais m'ennuyer de nos discussions sur les livres, de votre amour profond des régions, de cette manière toujours digne de vous comporter en chef d'État. On vous doit beaucoup. » - Dominique Anglade, ex-vice-première ministre et ex-ministre de l'Économie et députée libérale réélue dans Saint-Henri-Sainte-Anne

« Je tiens à remercier notre premier ministre, notre chef et mon ami Philippe Couillard pour sa confiance au cours des quatre dernières années. Grâce à nos actions, l'économie du Québec connaît sa meilleure performance en 20 ans. »

- Carlos J. Leitão, ex-ministre des Finances et député libéral réélu dans Robert-Baldwin

« Merci Philippe Couillard pour votre collaboration dans nos dossiers communs et votre volonté de donner plus d'autonomie aux municipalités du Québec. Bonne chance pour la suite des choses. »

- Valérie Plante, mairesse de Montréal, sur Twitter

« Je tiens à remercier Philippe Couillard pour son engagement sincère envers les Québécois. Il a consacré toute son énergie, et nous laisse un Québec plus fort, plus vert et plus prospère. »

- Pierre Moreau, ex-ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles et député libéral défait dans Châteauguay, sur Twitter

« Je salue le travail du premier ministre Philippe Couillard. L'économie du Québec est vigoureuse, nos finances publiques sont en ordre, les entreprises ont confiance, les Québécois ont fait du travail et la Métropole a retrouvé son rôle de locomotive économique. »

- Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, sur Twitter

« Philippe Couillard, pour Québec, a été un grand monsieur, un grand premier ministre. Premièrement, il adorait la capitale nationale, il aimait Québec, et ça, ça se sentait. Il n'avait pas besoin de le dire, on le savait. [...] Je peux vous dire qu'en quatre ans, on en a fait beaucoup, beaucoup avec lui et on sort gagnants de sa présence comme premier ministre. »

- Régis Labeaume, maire de Québec

Philippe Couillard en 10 dates

1957

Naissance à Montréal, d'un père universitaire et d'une mère d'origine française. Il grandit dans Côte-des-Neiges et fréquente le Collège Stanislas.

1973

Le jeune Philippe Couillard est admis à la faculté de médecine de l'Université de Montréal à l'âge de 16 ans. Médecin à 22 ans et neurochirurgien à 28 ans, il est nommé chef du service de neurochirurgie de l'hôpital Saint-Luc à l'âge de 32 ans.

1996

Retour au Québec après quatre ans en Arabie saoudite. Philippe Couillard enseigne la médecine à l'Université de Sherbrooke. Il est aussi directeur du département de chirurgie du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke.

2003

Candidat vedette du Parti libéral du Québec (PLQ), il est élu député dans la circonscription de Mont-Royal. Le premier ministre Jean Charest le nomme ministre de la Santé, fonction qu'il occupera jusqu'en 2008.

2005

Comme ministre de la Santé, il fait adopter la loi interdisant le tabac dans les lieux publics, disposition qui entre en vigueur un an plus tard, en mai 2006.

2006

Philippe Couillard s'oppose à la construction du CHUM à Outremont, scénario privilégié par Jean Charest. Le ministre de la Santé privilégie plutôt le centre-ville pour le grand hôpital de Montréal. En avril 2006, le gouvernement annonce que l'hôpital sera construit au centre-ville en partenariat public-privé. Mais le feuilleton du CHUM est loin d'être terminé...

2008

Le 25 juin, Philippe Couillard annonce qu'il quitte la vie politique. Deux mois plus tard, il se joint au groupe Persistence Capital Partners, entre autres propriétaire du réseau de cliniques privées Medisys. Les médias révèlent que M. Couillard avait conclu un protocole d'entente avec son futur employeur lorsqu'il était toujours ministre de la Santé. Le commissaire au lobbyisme conclut cependant que la loi n'a pas été enfreinte.

2010

En juin, il fonde avec Arthur Porter, ami de longue date, la firme Couillard, Porter et associés. En 2013, l'ex-directeur général du Centre universitaire de santé McGill a été accusé de fraude et d'abus de confiance pour avoir accepté des pots-de-vin.

2012

À l'automne, Philippe Couillard annonce son retour à la vie politique. Candidat à la direction du Parti libéral du Québec, il est élu chef en mars 2013.

2014

Philippe Couillard devient le 31e premier ministre du Québec quand sa formation politique remporte 70 sièges à l'Assemblée nationale.

- Simon-Olivier Lorange, La Presse