Il y a un an, il était le successeur naturel. Pierre Moreau multipliait les présences aux assemblées de financement de ses collègues. Il ratissait les événements, autant d'occasions de se faire voir, de se faire connaître et de rendre un service apprécié aux organisateurs.

Publié le 6 juin 2018
Denis Lessard LA PRESSE

Au cours des derniers mois, toutefois, le tempo de Pierre Moreau a bien changé. Au sein du Parti libéral du Québec (PLQ), on ne sent plus la détermination qui, il y a quelques mois encore, le rendait incontournable dès qu'on réfléchissait à l'avenir du parti. Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts dans la dernière année; les successeurs présumés de Philippe Couillard à l'époque étaient Martin Coiteux, Gaétan Barrette et Pierre Moreau. Le premier partira, le deuxième est perçu comme un boulet pour son gouvernement. Et le troisième paraît manquer de feu.

Les Dominique Anglade et André Fortin faisaient encore leurs classes. Surtout, une toute nouvelle cuvée, les Alexandre Taillefer, Jessica Harnois ou Marwah Rizqy, n'était tout simplement pas encore dans la partie pour le PLQ.

Moreau aura eu le commentaire le plus acide au moment de l'annonce du ralliement du patron de Téo Taxi : «M. Taillefer se joint au Parti libéral du Québec, ce n'est pas le Parti libéral du Québec qui se joint à M. Taillefer.» En fait, toute cette opération, celle d'amener une vedette comme président de campagne, avait été réalisée sans qu'il ait été mis dans le coup.

Samedi, au conseil général, Pierre Moreau restait à son siège, dans les gradins, sans multiplier les salutations, les clins d'oeil aux militants - l'ordinaire de ces rassemblements. 

Arrivé pour le petit-déjeuner, il s'est éclipsé après qu'on a fait monter tous les candidats sur la scène. Pas de cocktail de clôture pour le ministre de l'Énergie.

Il faut dire qu'il n'a pas été invité à faire de présentation, à la différence de bien d'autres - les ministres André Fortin, Pierre Arcand et Isabelle Melançon avaient chacun le mandat d'y aller de leur boniment. Dominique Anglade a eu droit à deux reprises au supplice du tabouret sur la scène.

L'heure de Pierre Moreau est-elle passée? Si les libéraux forment l'opposition dans un gouvernement minoritaire, le fait qu'il soit rapidement disponible lui procurerait un avantage. Autrement, le PLQ n'aura aucun intérêt à se précipiter pour le choix d'un nouveau chef - dans trois ans, Pierre Moreau sera «daté», rappellera aux militants le passé, la période Charest d'où il est issu. S'il ne court pas à la succession, il ferait un chef intérimaire tout désigné. Mais on nage en pleine futurologie.

Bien sûr, Moreau nie fermement mettre moins d'énergie dans sa carrière politique. «Faudrait-il que je déchire ma chemise pour me faire remarquer?», lance-t-il. 

Il fait moins de financement que dans le passé? La semaine dernière, de retour des Îles-de-la-Madeleine, il a fait un saut en auto à Saint-Hilarion pour l'assemblée d'investiture de sa collègue Caroline Simard, députée de Charlevoix. «Je fais tout ce qu'on me demande de faire», martèle-t-il. Son poste de ministre de l'Énergie et, de surcroît, responsable de la Gaspésie l'amène très fréquemment en région, sous l'écran radar des médias nationaux.

À l'Assemblée nationale, Moreau joue son rôle : il réplique à la Coalition avenir Québec quand elle attaque Hydro-Québec ou sa sous-ministre Dominique Savoie. Son coup d'éclat d'octobre dernier a laissé des traces. C'était le moment où, seul, il avait décidé de ne pas appuyer la sortie outrée de Jacques Chagnon au lendemain de l'arrestation de Guy Ouellet. Il a ensuite baissé les voiles, adopté un profil bas au congrès du parti qui suivait quelques jours plus tard.

La Coalition avenir Québec a fait circuler un sondage qui montrerait qu'il est en danger dans sa circonscription de Châteauguay, une manoeuvre cousue de fil blanc parce qu'elle tente de trouver un candidat, estime-t-il. Reste qu'au lendemain du 1er octobre, sa circonscription risque d'être carrément encerclée par des circonscriptions caquistes.

Quand on regarde les appuis de Moreau en 2013, plusieurs acteurs manquent déjà à l'appel. Robert Poëti vient de claquer la porte, Stéphanie Vallée ne sera plus là, tout comme Julie Boulet. Idem pour Norbert Morin et Karine Vallières. Quant à François Blais et Dominique Vien, ils risquent fort d'être submergés par la vague caquiste.