Philippe Couillard met au défi les chefs du Parti québécois et de la Coalition avenir Québec de dire « les yeux dans les yeux » à une étudiante en technique policière qu'ils refusent qu'elle exerce sa profession parce qu'elle porte un foulard musulman.

MARTIN CROTEAU LA PRESSE

L'explosif débat sur les signes religieux pour les policiers a pris une tournure nouvelle à l'Assemblée nationale, jeudi. Il a désormais un visage, celui de Sondos Lamrhari, une étudiante en technique policière au Collège Ahuntsic dont le Journal de Montréal a réalisé un portrait.

Le PQ et la CAQ ont tous deux prévenu que, s'ils prennent le pouvoir, Mme Lamrhari se verra interdire d'exercer sa profession à moins qu'elle retire son voile.

En conférence de presse aux côtés de son homologue terre-neuvien Dwight Ball, le premier ministre Couillard a sommé ses vis-à-vis Jean-François Lisée et François Legault d'aller eux-mêmes expliquer cette prise de position à l'étudiante de 17 ans.

« Je vais mettre au défi M. Legault, M. Lisée, de rencontrer cette jeune femme et lui dire, les yeux dans les yeux, qu'ils ne veulent pas qu'elle soit policière au Québec. On parlera des choses réelles », a affirmé M. Couillard.

Le premier ministre a félicité Mme Lamrhari, qui a accepté de prendre la parole en pleine connaissance du contexte politique explosif que son choix risque de provoquer. Il y voit un témoignage de « l'image souriante, confiante du Québec de 2018 et de l'avenir ».

« Elle veut aller au bout de ses rêves, a dit M. Couillard. Elle veut le faire au Québec. Elle est née, en passant, au Québec, elle a grandi à Laval. Alors de dire à cette jeune femme 'non, ton rêve, ce ne sera pas au Québec, va ailleurs'. Je ne peux pas comprendre qu'on envoie un message semblable. »

Malgré ce préjugé favorable, M. Couillard affirme que c'est à chaque corps policier de décider s'il autorise ses agents à porter des signes religieux comme un turban ou un hijab. Il a fait siens les propos de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a fait valoir qu'un service de police doit refléter la communauté qu'il dessert.

« Bien sûr, ça c'est un contexte qui est montréalais, a dit M. Couillard. Ce n'est pas du tout le même contexte à Québec ou chez moi, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. »

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, s'était montrée plus catégorique plus tôt en matinée. Elle a soutenu que « les critères (pour encadrer les accommodements) sont clairs » : « le port de signes religieux, il n'est pas proscrit, il est permis ».

« Permettons à cette jeune Québécoise d'aller au bout de ses rêves, ne brisons pas les rêves d'une jeune fille de 17 ans » de « devenir policière ici au Québec » et « d'intégrer les corps policiers », a-t-elle affirmé.

- Avec la collaboration de Tommy Chouinard, La Presse