Le gouvernement Couillard ouvrira carrément les vannes et multipliera les dépenses pour ce quatrième et dernier budget de Carlos Leitão avant les élections générales. De la ligne bleue du métro de Montréal jusqu'aux déficits des musées en passant par la modernisation du réseau de la justice, le budget de cet après-midi sera l'occasion d'inscrire aux livres une très longue liste d'engagements déjà formulés par le gouvernement.

Mis à jour le 27 mars 2018
Denis Lessard LA PRESSE

Une nouveauté, on annoncera environ 800 millions en dépenses et en crédits d'impôt sur les cinq prochaines années en formation pour contrer la pénurie de main-d'oeuvre qui se dessine, une demande pressante de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante. On accordera des fonds supplémentaires aux ministères de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur et à celui de l'Immigration pour former davantage d'employés.

Emploi-Québec aura des budgets pour la formation, mais aussi pour «l'accompagnement» des employeurs. Il y aura aussi des abattements fiscaux pour inciter les aînés à travailler plus longtemps. Outre les personnes âgées, des mesures viseront aussi à faciliter l'entrée sur le marché du travail pour les immigrants déjà au Québec et les personnes handicapées, par exemple.

Pas de baisse de taxes ou d'impôts pour les contribuables. En annonçant un répit aux salariés l'automne dernier, le ministre Leitão avait prévenu que ce serait le tour des sociétés au printemps.

Les employeurs qui ont encaissé à contrecoeur une hausse du salaire minimum, une augmentation de la cotisation à la Régie des rentes, l'amélioration de la Loi sur les normes du travail et une flexibilité accrue des congés parentaux auront finalement droit à un renvoi d'ascenseur. Leur contribution au Fonds des services de santé - imposée sur la masse salariale - sera réduite.

Croissance plus forte

La croissance économique prévue pour 2018 est beaucoup plus robuste qu'on le croyait - autour de 3%, alors qu'on prévoyait 1,8% à la mise à jour de novembre 2017. Québec devancera environ 700 millions de dépenses, paiera tout de suite des dépenses qui seraient normalement tombées en 2018-2019. La croissance officielle des dépenses pour l'année qui commence frôlera les 5%, mais la croissance réelle sera plus importante, puisque la base de calcul (2017-2018) sera haussée par ce devancement. L'automne dernier, la croissance des dépenses pour 2018-2019 était prévue à 4,1%.

Le mégabudget de la santé augmentera de 4,6% pour la prochaine année financière, et dépassera les 38 milliards. En éducation, la croissance des dépenses devrait tourner autour de 4,5%. Depuis quelques semaines, les ministres du gouvernement Couillard multiplient les annonces de subventions spéciales - elles se retrouveront compilées aux dépenses, des 75 millions pour la décontamination des sols à Montréal jusqu'aux 7,5 millions pour l'Orchestre symphonique de Montréal, fruit d'une démarche de Lucien Bouchard.Mobilité durable

Le budget mettra des chiffres pour nombre d'engagements du gouvernement. Une politique-cadre sur la «mobilité durable» sera l'occasion d'inscrire des sommes importantes en infrastructures. Les projets sont connus : le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal, le Réseau express métropolitain (REM) et le nouveau projet de transports urbains à Québec.

Autre poste important, Québec doit puiser 600 millions pour suppléer au manque subi par les commissions scolaires à la suite des modifications annoncées au calcul des taxes scolaires.

Comme La Presse l'a indiqué il y a deux semaines, Québec injectera 500 millions sur cinq ans pour moderniser les palais de justice et informatiser le travail des avocats et des juges. Le gouvernement fournira aussi de l'argent pour régler en 2017-2018 des déficits d'établissements comme des musées et des salles de spectacles comme le Grand Théâtre.

La réserve, qui était de 4,3 milliards l'an dernier, sera aussi largement mise à contribution dans les cinq prochaines années.

Le gouvernement a déjà confirmé qu'il réduirait d'environ 2 milliards par année, sur cinq ans, les transferts prévus au Fonds des générations, une manière de retrancher 10 milliards à la dette sur cette période.