Pour certains amis d'Alexandre Cloutier, il est clair que son départ de la vie politique n'est qu'un au revoir. Ses nombreux diplômes pourraient le destiner à une fructueuse carrière d'avocat, mais l'appel du service public pourrait s'avérer difficile à ignorer.

Martin Croteau LA PRESSE

« Il a la politique dans la peau », résume Stéphan Tremblay, ancien député du Bloc québécois et du Parti québécois.

Les deux hommes habitent à quelques mètres l'un de l'autre à Saint-Gédéon, sur les rives du lac Saint-Jean. Ils se connaissent depuis des lustres : alors qu'il était député bloquiste, M. Tremblay s'est lié d'amitié avec cet étudiant en droit, qui l'a aidé à rédiger un projet de loi sur l'investissement socialement responsable.

Ancien pilote de brousse, il a embauché ce jeune premier de classe comme attaché politique. Ils ont même été colocataires pour un temps.

À l'époque, relate Stéphan Tremblay, il était déjà clair qu'Alexandre Cloutier avait tous les atouts pour devenir chef d'État. Son opinion n'a jamais changé.

C'est pourquoi il reste convaincu qu'on le reverra en politique un jour.

« Il reviendra encore plus fort, avec une maturité et une expérience diversifiée, dit M. Tremblay. Je me projette dans l'avenir aujourd'hui, c'est ce qui me permet de ne pas être triste. »

UN MORDU

Alexandre Cloutier a attrapé très tôt le virus de la politique. Président de son école secondaire, il a travaillé comme page au Sénat pendant ses études en droit à l'Université d'Ottawa. Il a également été clerc d'un juge de la Cour suprême.

Titulaire de la bourse British Chevening, remise en personne par le prince Charles en 2004, il a fait des études à Cambridge, au Royaume-Uni. Revenu au Québec, il a commencé ses études doctorales, mais les a mises de côté pour se lancer en politique.

Il a été élu pour la première fois dans Lac-Saint-Jean en 2007, battant par 5000 voix le candidat-vedette du Parti libéral, le Dr Yves Bolduc.

Ses alliés comme ses adversaires lui reconnaissent un talent certain pour la joute politique.

« Il est un politicien habile. Il peut être dur à l'occasion, il sait très bien poser les questions », dit Sébastien Proulx, avec qui Cloutier a souvent croisé le fer en tant que porte-parole en matière d'éducation.

Le député péquiste de Saint-Jean, Dave Turcotte, garde un excellent souvenir de son collègue, qu'il a appuyé dans la dernière course à la direction du Parti québécois. Il s'est dit « surpris » de son départ, bien qu'il comprenne que les rigueurs de la politique peuvent être éprouvantes pour un père de deux enfants de 5 et 7 ans.

« J'ai découvert quelqu'un qui a une grande rigueur, une grande écoute, dit M. Turcotte. Il ne prend pas de décisions comme ça, sur un coin de table. Il pèse toujours le pour et le contre, il réfléchit avant d'ouvrir la bouche. »

Ministre délégué aux Affaires intergouvernementales sous Pauline Marois, il a tenté par deux fois de devenir chef du Parti québécois après les départs de Pauline Marois et de Pierre Karl Péladeau. Il a essuyé la défaite les deux fois.

IDENTITÉ

Alexandre Cloutier n'est pas amer malgré ses défaites successives, dit-on dans son entourage. Mais pour certains proches, il est clair qu'il n'était pas à l'aise avec la direction prise par le Parti québécois sous l'actuel chef Jean-François Lisée.

Le désaccord entre les deux hommes sur la question identitaire est bien connu. M. Cloutier est l'un des premiers péquistes à s'être distancié de la charte des valeurs du gouvernement Marois. Ses échanges avec M. Lisée ont été très durs pendant la dernière course à la direction, le député de Rosemont l'associant pour un temps au prédicateur controversé Adil Charkaoui.

Pour certains, M. Cloutier était le « porte-étendard » d'un nationalisme pluraliste au sein du Parti québécois. Une source affirme que son départ ne fait que confirmer la fracture qui le divise sur la question identitaire.

« C'est le point de rupture depuis longtemps, non seulement entre Alexandre et le parti, mais aussi entre tous ceux qui ont cru en Alexandre et le parti, observe un proche du député. Il y avait un mouvement derrière lui, un mouvement plus pluraliste de jeunes, de gens impliqués dans des mouvements progressistes qui sont allés vers lui. »

- Avec la collaboration de Tommy Chouinard, La Presse