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Conseil des ministres: des choix surprenants

Philippe Couillard a dévoilé son Conseil des ministres,... (La Presse Canadienne)

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Philippe Couillard a dévoilé son Conseil des ministres, mercredi.

La Presse Canadienne

(Québec) ANALYSE - Julie Boulet raccrochait au nez des journalistes qui la joignaient sur son cellulaire mercredi. Elle avait fait de même la veille. La reine de la Mauricie n'était pas d'humeur à causer. Il faut dire qu'elle a toujours été une politicienne compliquée, prête à démissionner dès que la pression montait, et avait songé à ne pas se représenter. Des proches parient déjà qu'elle ne finira pas son mandat.

Qui sont les ministres du cabinet Couillard?

Pourtant des sources policières confient sans détour: Mme Boulet n'est pas «l'autre élu libéral» sur qui l'UPAC ferait enquête.

Le fait que cette politicienne très populaire ait été laissée en plan n'est que l'une des nombreuses surprises, certains diront audaces, que réserve le Conseil des ministres présenté mercredi par Philippe Couillard. La distribution des postes s'est terminée au cours de la nuit précédente. La dernière rencontrée a été Nicole Ménard, ex-ministre du Tourisme, soulagée de s'en tirer avec le poste de présidente du caucus.

Bien sûr, à titre de ministre de la Santé, Couillard avait eu des frictions avec Boulet. Elle avait dû en 2003 démissionner de son poste de ministre déléguée à la Santé, trois mois après sa nomination, pour une affaire de distributeurs donnés aux clients de sa pharmacie. Quand elle était revenue, six mois plus tard, on l'avait nommée aux Transports, pas à la Santé. Dix ans plus tard, elle appuyait Pierre Moreau à la course à la direction. Couillard a choisi quelqu'un d'autre: un néophyte, Jean-Denis Girard, nouvel élu dans Trois-Rivières.

Ce Conseil des ministres réserve bien des surprises, avec ses 26 membres, un chiffre très élevé pour un nouveau gouvernement, la tendance naturelle étant d'en ajouter au fil des remaniements. On croyait s'en tirer avec 23 limousines.

Plusieurs néophytes

Quatorze ministres n'ont jamais vu de l'intérieur le fonctionnement d'un ministère. De grosses pointures en économie, mais des ministres néophytes tout de même. Carlos Leitao était depuis des mois engagé à se porter candidat, bien loin de la joute politique, il sera rassurant pour les agences d'évaluation de crédit. Jacques Daoust, responsable de l'Économie, est celui qui connaît le mieux le fonctionnement de l'État, bien qu'il n'ait jamais été ministre. Le président d'Investissement Québec est avant tout un super-démarcheur à l'international.

Martin Coiteux sera à l'évidence le plus politicien des trois, mais son arrivée au Conseil du trésor surprend. Faute de connaître la machine, il risque de livrer bien des combats inutiles. En revanche, peut-être la machine gouvernementale gagnera à être considérée d'un oeil neuf, sans préjugés, pour réévaluer les interventions de l'État. À l'origine, la nomination de Jean-Marc Fournier au poste de président du Conseil du trésor avait été envisagée, étant donné sa longue feuille de route. Il ne voulait pas retourner à la Justice. «Been there. Done that», résumait-il.

Une bouée pour Bolduc

Mercredi, Yves Bolduc, nouveau titulaire de l'Éducation, avait l'air d'un noyé qui vient d'attraper sa bouée, puisqu'on voyait en lui le ministre délégué à la Santé. C'est Pierre Moreau qui était en lice à l'Éducation et l'Enseignement supérieur. Mais travailler dans l'ombre de Gaétan Barrette ne vous laisse pas beaucoup d'oxygène. Bolduc se rendit compte à temps qu'un ministre délégué n'est qu'un coupeur de rubans, sans budget, sans pouvoir de signature, «un adjoint parlementaire avec une limousine».

Au fait, Couillard a nommé mercredi pas moins de 20 adjoints parlementaires. Ceux-ci viennent donner un coup de main pour assister aux réceptions auxquelles le ministre n'a pas le temps ou l'envie de se rendre. Détail précieux en cette période d'austérité, chacun touche 25% de plus qu'un simple député.

Autre choix surprenant; Gilles Ouimet, ex-bâtonnier du Québec, a dû avoir un serrement au coeur quand on a assermenté la jeune Stéphanie Vallée à la Justice. Double insulte, on ne l'a pas davantage choisi comme ministre de Laval. Le choix s'est tourné plutôt vers Francine Charbonneau, élue dans Mille-Îles. Mme Vallée est une élue studieuse, appliquée, mais n'avait pas la feuille de route pour avoir la Justice dès son entrée au conseil. 

Laurent Lessard est rentré au conseil de justesse. «Il était sur la frange», résume-t-on. Mais il a poussé la porte. Couillard l'aura finalement préféré à Robert Dutil, le Beauceron réputé plus studieux et plus vaillant que le nouveau ministre des Forêts. Il ne reste pas beaucoup d'arbres à Thetford Mines... Qu'importe. Dans le même esprit, on envoie Dominique Vien, élue dans Bellechasse, au Tourisme, et Germain Chevarie, qui a récupéré sa circonscription des Îles-de-la-Madeleine, se contentera d'être adjoint parlementaire, une décision difficile pour Couillard.

Un autre choix étonnant? Depuis des années, Marguerite Blais est l'élue la plus populaire du gouvernement. Elle tire une grande notoriété de sa carrière au petit écran et a toujours eu la cote auprès des aînés. On lui avait dit de plaider qu'elle devait subir des examens chez son cardiologue et avait enterré son frère, le 8 mars. Mais surtout, elle soutenait que le poste de ministre des Aînés resterait vacant le temps qu'elle ait son bilan de santé. Or, on a nommé mercredi Mme Charbonneau au portefeuille des Aînés. Carrément sonnée, Marguerite Blais pleurait à la réception après la formation du Conseil des ministres.




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