On se doutait que ce serait un thème de la prochaine campagne électorale, et c'est devenu clair mardi soir à Charlesbourg. À quelques heures du déclenchement des élections générales, le Parti québécois (PQ) a demandé un gouvernement majoritaire pour adopter sa Charte de la laïcité.

PAUL JOURNET ET DENIS LESSARD LA PRESSE

«Pour y arriver, vous savez qu'on a besoin d'un gouvernement majoritaire», a lancé la candidate locale Dominique Payette, dans une salle remplie de quelque 175 personnes pour son investiture. Elle appuie la Charte «sans aucune réserve».

«J'ai beaucoup aimé les propos de Dominique à cet égard», s'enthousiasmait la chef du PQ Pauline Marois quelques minutes après le discours de sa candidate.

«Pour exprimer haut et fort les principes qui nous sont chers, nous ferons adopter une charte qui affirme les valeurs québécoises d'égalité entre les hommes et les femmes et de laïcité», a-t-elle ajouté.

Sans compromis

La Coalition avenir Québec proposait un compromis au gouvernement péquiste, tout comme les anciens premiers ministres Lucien Bouchard et Jacques Parizeau. Mais Mme Marois préfère obtenir une majorité pour aller de l'avant. Et elle prendra ce matin les moyens pour le faire.

Un conseil des ministres éclair commencera à 9h. La première ministre se rendra ensuite au bureau du lieutenant-gouverneur pour lui demander de dissoudre la Chambre et de déclencher des élections générales. Les autobus vrombiront dès le début de l'après-midi.

Le vote aura lieu le 7 avril. Radio-Canada et Télé-Québec proposent d'organiser le débat des chefs le jeudi 20 mars. Les quatre partis ont accepté, selon la société d'État. Mais TVA ne sait pas encore si elle se joindra à ce consortium, ni si elle acceptera la formule et la date.

Le gouvernement péquiste minoritaire a été élu il y a exactement 18 mois. La première ministre a vanté mardi son bilan, notamment les lois sur l'intégrité des soumissionnaires aux contrats publics et la limite des dons aux partis politiques. Elle s'est aussi félicitée de son contrôle des dépenses, même si elle a haussé sa cible initiale ambitieuse, de 2,3 à 3,7%.

«Affaires libérales»

Mme Marois a réservé toutes ses attaques pour le Parti libéral, dont elle a raillé le slogan. «Ils s'occupent de vraies affaires... Ils s'occupent des affaires libérales!», a-t-elle lancé, en rappelant leurs «histoires sordides» en matière d'éthique.

Le chef libéral Philippe Couillard a défendu son slogan de campagne, «Ensemble, on s'occupe des vraies affaires». Il ne croit pas présenter l'image d'un parti «affairiste». «Les vraies affaires, quand les gens nous en parlent, dans notre parler québécois, c'est quoi? C'est l'économie, l'emploi, l'éducation et la santé. Qu'est-ce qui n'en est pas? C'est la division et la séparation du Québec!», a-t-il lancé.

M. Couillard venait de rencontrer le maire de Québec, Régis Labeaume. Il s'est dit d'accord avec l'idée que les déficits passés des fonds de retraite soient remboursés en parts égales par les salariés et les municipalités. En revanche, il préconise le recours à un arbitre «avec des balises» pour trancher en cas de litige. Selon le maire de Québec, la municipalité devrait avoir le droit de décréter le règlement en cas d'impasse des négociations. Le projet de loi du gouvernement péquiste déposé cet hiver confie ce rôle à la Commission des relations de travail.

Pas de bonbons chez Legault

De son côté, François Legault présentait son autobus de campagne, orné du slogan «On se donne Legault». Pour gagner la «bataille de sa vie», il prépare une «anti-campagne». Au lieu de «distribuer des bonbons», il sortira les ciseaux pour réduire les dépenses et équilibrer le budget, tout en voulant diminuer le fardeau fiscal des contribuables. «De façon exceptionnelle, on va déposer notre cadre financier [jeudi]», a-t-il promis.