La fumée blanche est sortie, et s'il n'en tient qu'au gouvernement, les autobus resteront au garage cet automne. Au terme d'un conseil des ministres extraordinaire, la première ministre Pauline Marois a renoncé à déclencher des élections anticipées cet automne.

PAUL JOURNET LA PRESSE

«Nous sommes prêts à continuer à travailler pour faire avancer le Québec. Notre gouvernement ne souhaite pas d'élections générales en 2013. Nous avons un mandat que la population nous a confié, et nous allons l'assumer», a affirmé la première ministre.

Pourquoi cette décision? «Nous croyons que plusieurs de nos politiques doivent donner les résultats qui sont attendus par la population», a-t-elle répondu, en référant à la nouvelle politique en matière d'emploi.

Elle déposera le très attendu projet de loi de charte des valeurs québécoises «dans les prochains jours, les prochaines semaines».  Autres projets attendus: la nouvelle politique d'électrification des transports, qui devrait être dévoilée «dans les prochains jours».

Elle avance que les centaines d'annonces d'investissements dans les dernières semaines n'étaient pas des tentatives d'ouvrir une fenêtre électorale. «On nous a accusés depuis quelques semaines de vouloir faire de l'électoralisme par des annonces de grandes politiques mises de l'avant. Or, c'est le résultat du fruit de réflexions pendant une année.»

Mme Marois dit maintenant vouloir travailler à les mettre en place.

Élections partielles en décembre

Le gouvernement péquiste déclenchera toutefois des élections partielles le 6 novembre dans Viau et Outremont, deux circonscriptions laissées vacantes par les démissions des députés libéraux Emmanuel Dubourg et Raymond Bachand. «(Le chef libéral Philippe) Couillard pourra se présenter, entre autres, dans Viau, où nous ne lui opposerons pas de candidat s'il veut se présenter», a-t-elle ajouté.

Le conseil des ministres était isolé depuis vendredi dans le nord de Lanaudière pour tenir cette réunion spéciale, qui devait servir entre autres à trancher cette question.

Vendredi, la rencontre s'est poursuivie jusqu'à 22h30, «presque sans interruption», a raconté le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud. Les discussions ont repris tôt ce matin.

Après avoir refroidi la frénésie pré-électorale mercredi dernier, le vice-premier ministre François Gendron a laissé planer le mystère hier. Comme ses collègues, il a refusé de faire le moindre commentaire.

Peu avant, son ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, avait dégonflé les attentes. «J'ai compris que les Québécois ne veulent pas d'élections non plus. On l'entend, ça a été mesuré, moi je l'entends dans mon comté», avait-il déclaré.

«On est un gouvernement minoritaire, donc on ne contrôle pas complètement l'agenda. Mais je vous dis que nous, nous avons de grandes réformes à entreprendre, nous continuons à les faire, nous avons beaucoup de travail à faire», avait ajouté M. Duchesne.

Le gouvernement Marois a adopté une loi pour instituer des élections à date fixe. Mais il a maintenu un «trou» dans la loi, a déjà dénoncé Québec solidaire. La loi maintient la prérogative royale, qui permet au lieutenant-gouverneur, à la demande d'un premier ministre, de dissoudre la chambre et déclencher des élections. Précisons aussi que dans un gouvernement minoritaire, même avec des élections à date fixe, l'opposition majoritaire peut faire tomber le gouvernement.

Le PLQ réagit

En décidant de ne pas déclencher d'élections, Pauline Marois fait « l'aveu qu'elle ne pas la confiance des Québécois », estime le chef parlementaire du Parti libéral, Jean-Marc Fournier. « La bonne nouvelle pour le Québec, c'est qu'elle va mettre de côté trois mois de ballons électoraux pour gouverner », a-t-il ajouté, en marge du conseil général du PLQ à Montréal. « Depuis trois mois, il n'y avait pas de gouvernement, il ne se passait rien à Québec ». Il lui demande de déposer dès lundi la mise à jour économique pour avoir les « vrais chiffres » sur l'état des finances publiques.

« Non seulement on confirme » que le PLQ ne tentera pas de faire tomber le gouvernement cet automne, « on n'a jamais envisagé de renverser le gouvernement ou pas », a-t-il affirmé.

Chauffer la machine

Selon notre dernier sondage CROP, déclencher des élections cet automne aurait été un pari risqué pour la première ministre Pauline Marois. Le Parti libéral mène, avec 38% des intentions de vote, devant le Parti québécois (34%), la Coalition avenir Québec (15%) et Québec solidaire (8%).