L'ex-ministre péquiste André Boisclair a accordé une importante subvention à l'un de ses amis proches quatre jours avant le déclenchement des élections de 2003 qui ont chassé du pouvoir le Parti québécois, a-t-on appris à la commission Charbonneau.

Mis à jour le 25 sept. 2013
Pierre-André Normandin LA PRESSE

La juge France Charbonneau a accepté mardi de lever une nouvelle partie de l'ordonnance de non-publication imposée sur le témoignage de l'entrepreneur Paul Sauvé, entendu la semaine dernière. Cette portion des audiences touche essentiellement le contre-interrogatoire mené par l'avocat du Parti libéral du Québec (PLQ), Michel Décary.

Le témoin a longuement été questionné sur la subvention de 2,5 millions qu'il a reçue en 2003 du ministère des Affaires municipales pour la réfection de l'église St. James, au centre-ville de Montréal. C'est pour éviter de perdre cette subvention que Paul Sauvé a notamment affirmé s'être fait conseiller de contribuer au PLQ à la suite de l'arrivée des troupes de Jean Charest au gouvernement, en avril 2003.

En contre-interrogatoire, l'entrepreneur a reconnu avoir reçu la confirmation initiale de cette subvention seulement en mars 2003, soit à peine quatre jours avant le déclenchement des élections. Ce détail a grandement piqué la curiosité du commissaire Renaud Lachance. «Une subvention annoncée par un ministre qui s'en va en élections quatre jours après, c'est un peu mettre la cravate dans le tordeur du prochain gouvernement qui va avoir l'odieux de la refuser», a-t-il souligné.

Or voilà, l'ex-ministre des Affaires municipales qui a autorisé cette subvention de la dernière heure était nul autre qu'André Boisclair, un ami personnel de Paul Sauvé depuis les années 1990. Précisant qu'ils se parlaient peu en 2003 en raison de leur emploi du temps chargé, l'entrepreneur a reconnu avoir "brièvement" informé son ami de son projet qui visait à démolir l'édifice commercial construit sur le parvis de l'église. L'entrepreneur dit toutefois avoir surtout discuté de la subvention avec le chef de cabinet de l'ex-ministre, André Lupien.

Paul Sauvé n'était pas seulement un bon ami d'André Boisclair. Dans son témoignage, l'entrepreneur a également reconnu avoir organisé une activité de financement pour André Boisclair. Dans leur livre Syndicalistes ou voyous?, les anciens dirigeants de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis et Richard Goyette, présentent d'ailleurs Paul Sauvé comme un collecteur de fonds pour André Boisclair. Ceux-ci affirment avoir rencontré l'ex-chef péquiste par l'intermédiaire de l'entrepreneur.

Le PLQ dit avoir payé

Par ailleurs, Me Décary a également interrogé Paul Sauvé sur la rencontre avec le successeur d'André Boisclair aux Affaires municipales, Jean-Marc Fournier. Talonné de questions, l'entrepreneur a reconnu ne disposer d'aucune preuve de la tenue d'une rencontre au cours de laquelle l'homme lui aurait confirmé de vive voix l'octroi de sa subvention, peu après une activité de financement.

«Et si je vous suggère que vous ne l'avez jamais rencontré à ses bureaux de la Tour de la Bourse?», lui a lancé l'avocat du PLQ. «Je dirais que votre suggestion est fausse», a répondu M. Sauvé.

Me Décary a également soutenu que le cocktail de financement de novembre 2003 que Paul Sauvé dit avoir contribué à organiser a été défrayé par le PLQ et non par la firme de communications BCP, comme l'avait laissé entendre le témoin. L'avocat a présenté des documents indiquant que la formation politique avait payé près de 3500$ pour la soirée au restaurant Newtown, activité qui a rapporté 42 000$ dans les coffres du parti.

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André Boisclair