Les ministres péquistes se rangent derrière le projet de charte des valeurs québécoises, mais certains adoptaient une position différente avant de se joindre au parti.

Mis à jour le 13 sept. 2013
PAUL JOURNET LA PRESSE

En 2006, une année avant de se présenter pour le Parti québécois, l'actuel ministre des Affaires municipales et des Transports, Sylvain Gaudreault, a publié un billet de blogue intitulé: Le kirpan, la vraie intégration et le racisme sous-jacent.

C'était au début du débat mouvementé sur les accommodements raisonnables, mais avant la commission Bouchard-Taylor.

M. Gaudreault, alors membre du Barreau et professeur en histoire, réagissait au jugement Multani, dans lequel la Cour suprême permettait à un jeune sikh de porter le kirpan à l'école. «Je suis en accord, écrivait l'actuel député de Jonquière. Allez lire les interventions sur le forum de cyberpresse.ca sur le sujet. Vous verrez qu'il y a encore un fond d'intolérance dans notre société.»

Le projet de charte des valeurs québécoises vise le port des signes religieux ostentatoires chez les employés de l'État. Il ne concerne donc pas les élèves ni les étudiants ni le kirpan s'il est porté sous les vêtements. Par contre, pour justifier son interdiction, le gouvernement péquiste soutient que le devoir de neutralité de l'État ne s'applique pas seulement aux institutions. Il s'appliquerait aussi aux employés de l'État, comme les enseignants, les infirmières et les fonctionnaires.

M. Gaudreault utilisait alors le kirpan pour dénoncer cette conception de la neutralité. Le port du kirpan «n'a rien à voir avec la laïcité du système d'éducation», expliquait-il. La raison? «Dans cette histoire, il est question d'un individu qui réclame le droit de porter un signe religieux à l'école, comme d'autres portent une croix au cou ou une calotte juive sur la tête. Il faut faire une distinction essentielle entre un individu et une institution.»

En interview hier avec La Presse, M. Gaudreault a tenu à remettre en contexte son billet de blogue. «Il s'est passé beaucoup de choses depuis 2006, lance-t-il. Il y a eu le rapport Bouchard-Taylor. Et la première chose que le gouvernement libéral a faite, c'est de le mettre sur une tablette.»

Le ministre se dit «extrêmement à l'aise» avec la position défendue par son collègue Bernard Drainville. «Ce qui est important pour moi, c'est d'avoir des balises claires pour encadrer les demandes [liées à la religion]. Ce qui s'est passé avec le kirpan, c'est parce qu'il manquait des normes claires.»

Accommodements raisonnables

Dans son blogue, M. Gaudreault se prononçait pour l'ancien régime des accommodements raisonnables. C'était, selon lui, une «bonne façon de s'adapter à une société devenue multiethnique». Il croyait qu'en France, à cause du modèle choisi, il ne faut pas «s'étonner que ça chauffe dans les banlieues».

«Le plus absurde, poursuivait-il, c'est que pendant que nous fendons les cheveux en quatre sur la présence ou non d'un objet somme toute inoffensif à l'école, nous passons à côté du véritable enjeu de l'intégration des minorités visibles: l'égalité de traitement dans le champ économique.» Il déplorait le taux de chômage élevé entre les différentes communautés culturelles.

Il concluait ainsi: «Continuons de regarder de travers "ces gens-là qui refusent de s'intégrer". Refusons des mesures d'accommodement raisonnable qui ne visent qu'à poursuivre l'enrichissement culturel d'une société qui s'est constamment construite sur des apports étrangers. À ce rythme-là, nous nous apercevrons bientôt, ahuris, que la fausse laïcité sur laquelle nous déchirons nos chemises est une notion bien théorique pour ceux et celles qui se voient refuser l'accès à une école, à des emplois et à des logements à cause de leur croyance religieuse ou de la couleur de leur peau. Mais ce jour-là, il sera trop tard...»