Philippe Couillard a tranché: le Parti libéral du Québec (PLQ) maintient sa position et n'appuiera pas l'idée d'interdire le port de signes religieux chez les employés de l'État, peu importe leur fonction.

Publié le 29 août 2013
Tommy Chouinard LA PRESSE

Deux sources libérales proches du chef ont affirmé à La Presse, mercredi, que le PLQ allait adopter une position qui « se rapproche de la recommandation de la commission Bouchard-Taylor ». La commission recommandait d'interdire le port de signes religieux à ceux qui incarnent l'autorité de l'État : les policiers, les juges, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison. De son côté, le député Pierre Paradis disait que la position de son parti évolue, ouvrant la porte à l'idée d'interdire le port de signes religieux à certains agents de l'État.

Mais le chef Philippe Couillard a rejeté cette option jeudi, avant le début d'une réunion de son caucus à Rivière-du-Loup. « Notre position sur les signes religieux ne change pas. C'est celle qui est dans le projet de loi 94 », a-t-il affirmé.

Ce projet de loi avait été déposé par le gouvernement Charest, mais n'avait jamais été adopté. Il prévoyait que les employés et les usagers des services publics aient « le visage découvert lors de la prestation des services », ce qui visait le niqab et la burqa.

« À l'époque, nous avions écarté le bannissement de signes religieux pour toutes les catégories de fonctionnaires de l'État. Parce que vous l'avez déjà vu : dès qu'on commence les détails, on entre dans les contradictions dont on ne peut plus se sortir, et je ne parle même pas des considérations juridiques », a-t-il expliqué. « On avait dit que le voile facial ne peut être accepté dans l'échange et la réception de services publics pour des raisons de communication, de sécurité et d'identification. Et je pense que c'est important. » Donc, « sur les signes religieux, notre position ne changera pas », a-t-il martelé.

Il a affirmé que si sa fille avait eu une enseignante qui porte le tchador, couvrant les cheveux, il « n'en aurait pas fait de cas ». « Cependant, que son professeur de sexe féminin ait le visage caché, ça m'aurait heurté en terme de message sur la relation entre les hommes et les femmes qui, quant à l'égalité, fait parie des valeurs fondamentales », a-t-il ajouté.

Il a affirmé qu'une interdiction tous azimuts « apparaît déraisonnable et exagérée ». « Comme le disait Louise Harel dans les derniers jours, il ne faut pas confondre la neutralité des institutions et la neutralité des individus. On semble faire une confusion calculée ou non du côté du gouvernement », a-t-il dit.

Le chef libéral a indiqué que son parti présentera bientôt une position « bien préparée, réaliste et réalisable », inspirée « du gros bon sens », sur la question de la laïcité. Il prépare entre autres une « déclaration plus formelle de ce qu'on entend par la neutralité de l'État » et « une codification des accommodements ». La position sera ancrée sur « nos valeurs fondamentales d'identification au Québec, de tolérance, d'inclusion, d'attachement aux libertés individuelles » et sur « la neutralité religieuse de l'État ».

Il a déploré que « tout ce débat essentiel se résume actuellement à un débat sur l'accoutrement, sur le guide vestimentaire des gens ».