Le gouvernement péquiste ne croit pas que Québec devrait édicter des normes pour encadrer les manifestations. «On ne manifeste pas de la même façon, et de façon aussi nombreuse, dans toutes les municipalités au Québec», a répondu le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron.

«Est-ce qu'il y a lieu que le gouvernement du Québec, encore une fois, débarque et détermine ce que les municipalités doivent faire? Il faut quand même faire confiance aux élus municipaux. On croit à leur autonomie», a-t-il ajouté.

Plus tôt en journée, le député libéral Robert Poëti se disait en faveur d'une loi provinciale pour encadrer les manifestations. «Pourquoi on n'uniformise pas d'une certaine façon la réglementation au Québec pour garder l'ordre, la paix et la sécurité publique, en respectant le droit fondamental de manifester?», s'est demandé l'ancien policier.

À cause de la controverse

Après leur loi spéciale dénoncée entre autres par le Barreau du Québec et abrogée par le gouvernement péquiste, les libéraux ne reviendront pas eux-mêmes à la charge. Ils souhaitent que le gouvernement fasse le travail et dépose lui-même un projet de loi.

Ce serait devenu nécessaire, explique M. Poëti, à cause de la controverse au sujet du règlement municipal P-6 de Montréal. Ce règlement exige que les manifestants donnent leur itinéraire aux autorités avant le départ et leur interdit de porter un masque. Il prévoit des amendes salées de plus de 600$. Il est contesté en Cour supérieure.

«À travers le monde, actuellement, ce type de réglementation existe, soutient le libéral. Ce n'est pas nouveau, on n'invente absolument rien.»

L'encadrement des manifestations peut varier selon les municipalités. M. Poëti veut les uniformiser pour le Québec. La loi devrait exiger que les manifestants fournissent leur itinéraire «dans un temps raisonnable». Elle devrait aussi leur demander «d'avoir une certaine forme d'encadrement ou de sécurité à l'intérieur de leurs rangs» pour ne pas être «infiltrés» par des «casseurs», poursuit-il. Le port du masque devrait être interdit «à l'exception des manifestations publiques de joie où les gens s'amusent».

Québec solidaire, le service d'aide juridique Juripop, l'Association des juristes progressistes (AJP) et la Ligue des droits et libertés veulent que le gouvernement péquiste demande à Montréal d'annuler son règlement P-6. À l'hôtel de ville, seul le parti municipal Projet Montréal veut l'annuler.

À Québec, les ministres Jean-François Lisée et Stéphane Bergeron ont notamment demandé aux manifestants de donner leur itinéraire aux policiers. Le ministre de la Justice, Bertrand St-Arnaud, a quant à lui rappelé que les élus devaient réserver autant que possible leurs commentaires, car la cause est encore devant les tribunaux.

M. Poëti demande tout de même au gouvernement péquiste de se positionner. «Je veux savoir où ce gouvernement-là se situe en matière de manifestations sur un encadrement.» Il indique qu'il veut que le gouvernement se prononce sur le principe, pour l'ensemble des manifestations au Québec, ce qui ne violerait pas le principe de la séparation des pouvoirs.