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Aide sociale: le PQ fait ce qu'il dénonçait en 2010

Agnès Maltais... (Photothèque Le Soleil)

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Agnès Maltais

Photothèque Le Soleil

(Québec) Le Parti québécois qui était dans l'opposition serait peut être en désaccord avec le gouvernement péquiste actuel. En 2010, les péquistes accusaient le gouvernement libéral de faire «une lutte contre les pauvres» parce qu'il étudiait des scénarios pour diminuer les prestations à l'aide sociale.

Les libéraux n'avaient finalement pas été de l'avant. Mais ce sont ces scénarios qui ont inspiré l'avant-projet de règlement sur l'aide sociale, dévoilée en catimini dans la Gazette officielle du Québec juste avant le congé de relâche par Agnès Maltais, ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale.

Le règlement éliminerait l'allocation spéciale de 129$ pour les gens de 55 à 58 ans et les parents d'un enfant de moins de 5 ans. Cette allocation sert à compenser pour leur «obstacle supplémentaire» à la recherche d'un emploi. Québec épargnera ainsi près de 20 millions de dollars par année.

En contrepartie, Mme Maltais veut offrir une allocation supplémentaire de 195$, pendant six mois, aux prestataires qui participeront au programme  «Tous pour l'emploi». Elle veut offrir «des subventions salariales élargies à toutes les entreprises» participantes. Au final, les prestataires seront gagnants, promet-elle.

Le scénario Hamad

En juin 2010, le prédécesseur de Mme Maltais, Sam Hamad annonçait en grande pompe un plan de lutte à la pauvreté, de sept milliards de dollars échelonnés sur cinq ans. Peu après, on apprenait que des scénarios de compressions circulaient discrètement dans son ministère.

Le 10 juin 2010, notre collègue Denis Lessard révélait que pour atteindre la cible de réduction de 10% des dépenses dans son ministère, M. Hamad avait présenté un scénario decompressions au conseil des ministres. On proposait d'éliminer la prestation spéciale de 120 dollars pour trois groupes qui ont obstacle supplémentaire: les mères monoparentales qui ont un enfant de plus de deux ans (au lieu de plus de cinq ans comme c'était le cas), les familles de deux parents qui ont un jeune enfant et les gens de 55 à 60 ans. Quelque 20 000 ménages auraient été affectés. Le ministère aurait épargné de 30 à 40 millions de dollars par année.

«On parle de coupures dramatiques de 100 $ à 200 $ par mois», fulminait la critique péquiste Monique Richard en chambre. «Jusqu'où ira le mépris, et le cynisme, de ce gouvernement? Ce n'est pas un plan de lutte à la pauvreté qu'on a présenté, c'est un plan de lutte aux pauvres.»

Le Parti québécois avait aussi publié un communiqué pour dénoncer l'intention libérale. Mais M. Hamad a finalement renoncé à ce plan.

Le projet de règlement de Maltais

Maintenant au pouvoir, le gouvernement péquiste compresse lui aussi les dépenses des ministères pour retrouver l'équilibre budgétaire. En réponse à cette mesure, Mme Maltais s'est inspirée des grandes lignes de deux des scénarios présentés par M. Hamad. Elle a abandonné la mesure la plus controversée, celle qui ciblait les mères monoparentales. Et elle en a ajouté pour les toxicomanes. Leurs prestations spéciales seront limitées aux 90 premiers jours de leur traitement dans un centre de désintoxication.

Mme Maltais répète qu'elle «n'échappera personne» grâce aux bonifications annoncées.

À son ministère, on explique qu'on donnera un meilleur accès à des mesures déjà disponibles, ce qui peut être fait rapidement, sans adopter de règlement. Le marché du travail a changé, soutient-on. Avec les CPE, avoir un enfant en bas âge ne serait plus un désavantage à l'emploi pour une famille.

Les gens sur l'aide sociale veulent s'en sortir, et pour le faire, ils doivent trouver un travail, explique-t-on. C'est pourquoi on rencontrera par exemple systématiquement les 53-54 ans pour voir s'ils ont droit à des sommes additionnelles pour inaptitude qu'ils ne réclament pas.

On fait le pari qu'avec les allocations additionnelles de 195 dollars durant six mois, ces prestataires réussiront à trouver un emploi et seront gagnants. Selon les calculs du ministère, il y aura de 15 à 20 prestataires par mois par Centre local d'emploi qui chercheront un emploi avec ce programme, ce qui serait un ratio gérable.

L'opposition et les groupes sociaux se montrent néanmoins sceptiques.   Québec solidaire rappelle que pour les prestataires qui ne bénéficieront pas du programme ou qui ne trouveront pas d'emploi après six mois, l'allocation passera de 733 dollars à 604 dollars, une baisse «majeure» pour ces personnes déjà vulnérables.

En 2010, pour diminuer la grogne, M. Hamad promettait aussi de nouveaux programmes. «Le gouvernement voudra vendre son projet en promettant que les assistés sociaux qui participeront aux mesures de formation offertes par Emploi Québec seront gagnants au net», écrivait-on.

La ministre Maltais rencontre jeudi le Collectif pour un Québec sans pauvreté et le Front commun des personnes assistées sociales du Québec. Une consultation de 45 jours est prévue pour les avant-projets de règlement.

Elle a déjà indiqué qu'elle pourrait corriger le tir. Mais le président du Conseil du trésor, Stéphane Bédard, a défendu bec et ongles le projet de règlement hier.

Même si on investit dans ces programmes, le Conseil du trésor demandera-t-il encore à Mme Maltais de couper au total 20 millions dans son ministère?  «On n'est pas là-dessus, a réagi M. Bédard, sans vouloir répondre à la question. «La question, a-t-il poursuivi, c'est: est-ce qu'ils'agissait de contraintes à l'emploi ? Ces mesures étaient mal orientées. Mme Maltais va plutôt proposer, dans le cadre des mesures d'employabilités, de nouveaux scénarios.»




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