Un joueur inattendu dans la course à la direction du Parti libéral du Québec, l'ancien chef du Bloc québécois Gilles Duceppe, accuse Philippe Couillard de pratiquer «l'aveuglement volontaire» en défendant son partenariat avec l'ancien patron du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), le Dr Arthur H. Porter.

Mis à jour le 16 févr. 2013
Denis Lessard LA PRESSE

M. Duceppe rappelle que les déboires de M. Porter sont connus depuis longtemps, bien avant qu'il ne devienne associé de Philippe Couillard dans une firme de consultation en santé - une société qui est restée inopérante.

En 2008, M. Porter avait été nommé membre du comité de surveillance du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS). Alors chef de parti aux Communes, M. Duceppe avait expliqué pourquoi il désapprouvait cette nomination, dans une lettre détaillée envoyée à Stephen Harper. Des reportages en 2004, à L'Actualité médicale notamment, avaient rapporté que «le passage de M. Porter au Detroit Medical Center du Michigan avait été marqué par de nombreux problèmes: conflit d'intérêts, mauvaise gestion, crise financière, menace de tutelle».

Le Dr Porter, «pilotant le plus gros contrat de sous-traitance jamais alloué par un établissement de santé aux États-Unis, s'était retrouvé au centre d'une tempête médiatique alors qu'il fut révélé qu'il avait des liens avec l'entreprise ayant obtenu le mandat de gérer le système informatique» de l'établissement dont il était responsable. «Il y a beaucoup de choses qui sont survenues à Detroit qui se sont un peu reproduites au CUSM», a fait observer M. Duceppe dans un entretien à La Presse, hier.

De plus, avait noté M. Duceppe dans sa lettre, Le Devoir avait rapporté quatre ans plus tôt que le Dr Porter se targuait d'être un bon ami de George W. Bush et de Dick Cheney, des liens qui, selon le bloquiste, disqualifiaient le médecin pour un poste qui exige une totale neutralité. «À moins que les vérifications d'usage menées par votre gouvernement aient permis de rejeter de manière convaincante ces allégations, je me vois dans l'obligation de rejeter cette candidature», avait écrit M. Duceppe. En fait, le premier ministre fédéral conserve toute latitude pour nommer qui il souhaite.

En 2010, quand Ottawa a nommé le Dr Porter président du comité de surveillance - Philippe Couillard y siégera sous sa direction -, M. Duceppe est revenu à la charge, en rappelant que le Dr Porter «s'est ouvertement affiché comme un ami proche de Dick Cheney qui a défendu sans équivoque l'utilisation de la torture par la CIA».

«C'est clair que M. Couillard pouvait vérifier. Quand le Dr Porter avait été nommé à McGill, ses problèmes avaient été rapportés par les journaux, M. Couillard ne pouvait pas l'ignorer», a souligné M. Duceppe.

Clairement, il n'y a pas eu d'enquête de sécurité avant cette nomination au comité du SCRS. Ottawa s'est engagé à en mener une, la semaine dernière, quand cette question a été soulevée aux Communes.

Près de 10 ans plus tard, le bloquiste renchérit. «Je ne savais pas à l'époque qu'il était ambassadeur plénipotentiaire de la Sierra Leone. Quand je pense que les conservateurs avaient critiqué Stéphane Dion parce qu'il avait la double nationalité [canadienne et française, comme sa mère]. Avec M. Porter, il me semble bien qu'ils avaient nommé quelqu'un avec une double allégeance à un poste très délicat», a-t-il lancé.