Le gouvernement Marois a commis toute une bourde à la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, mardi. Il a appuyé une motion lui demandant de reculer sur ses compressions dans les universités.

TOMMY CHOUINARD LA PRESSE

L'incident est survenu après la période des questions, au Salon bleu. Le député caquiste Stéphane Le Bouyonnec a déposé, conjointement avec le libéral Gerry Sklavounos et Françoise David, de Québec solidaire, la motion suivante: « Que l'Assemblée nationale exige du gouvernement qu'il renonce aux compressions budgétaires imposées en fin d'exercice financier aux universités puisqu'elles se traduiront par une augmentation du déficit accumulé des universités; que l'Assemblée nationale réitère l'importance pour le gouvernement de réinvestir dans l'enseignement supérieur ».

« Est-ce que cette motion est adoptée? », a demandé le vice-président de l'Assemblée nationale, Claude Cousineau, après la lecture de la motion.

Comme tous les partis, incluant le Parti québécois (PQ), ont répondu par l'affirmative, M. Cousineau a déclaré: « Adoptée! »

L'appui du PQ à cette motion a causé la surprise. « Je suis encore tout impressionné! » a lancé Amir Khadir, de Québec solidaire, qui prenait la parole par la suite.

Prenant conscience de son erreur, le leader parlementaire adjoint du PQ, Mathieu Traversy, a tenté en vain d'annuler son vote. Les travaux ont été suspendus quelques instants. « À l'adoption d'une motion précédente, il y a eu confusion dans l'acceptation. Est-ce qu'on peut revenir sur un vote qui a été demandé? », a lancé M. Traversy à la reprise des débats. La réponse de M. Cousineau - député péquiste - a été catégorique: « Non. Alors, vous avez votre réponse: c'est non. »

L'adoption de cette motion n'a pas pour effet d'annuler les compressions de 124 millions pour cette année. Au gouvernement, on estime que la motion est un « souhait » de la Chambre qui « n'engage en rien le gouvernement ». Le Parti libéral le croit aussi, mais ajoute que la gaffe du PQ « prouve son improvisation ».

Un parti déjà dans l'embarras

Cette erreur place le gouvernement dans l'embarras, lui qui l'était déjà passablement à la suite de la sortie-surprise de l'ancien chef péquiste Jacques Parizeau dans Le Devoir. L'ancien premier ministre s'est prononcé en faveur de la gratuité scolaire à l'université, alors que le gouvernement écarte cette option et privilégie l'indexation des droits de scolarité. Comme d'autres ministres, Pierre Duchesne, biographe de M. Parizeau, a cherché à minimiser l'affaire. « Quand les gens s'expriment et prennent position dans un débat, je trouve ça correct », a affirmé le ministre de l'Enseignement supérieur. Il a une fois de plus écarté la gratuité scolaire. « La situation financière est particulière, et il faut être responsable », a-t-il fait valoir. Il a déjà évalué à 1 milliard de dollars le coût de la gratuité scolaire.

Pour son collègue Jean-François Lisée, « M. Parizeau participe au débat, c'est tout. Il ne faut pas dramatiser chaque fois que quelqu'un prend la parole ». Il a ajouté que « l'immense majorité des Québécois » appuie la position du gouvernement, soit l'indexation, selon un sondage publié le week-end dernier.

Pour financer la gratuité scolaire, Jacques Parizeau propose de rétablir la taxe sur la masse salariale qui était imposée aux banques. Le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a rejeté l'idée.