Dépassements de coûts et projets annoncés dans la précipitation de la période préélectorale, depuis le mois de mars dernier, pas moins de 5 milliards de dollars en factures non prévues se sont ajoutées programme québécois d'infrastructures, une enveloppe globale de 44 milliards de dollars en cinq ans.

Denis Lessard LA PRESSE

Dans son rapport sur les dépassements de coûts d'une vingtaine de projets importants commandé par Infrastructure Québec, la firme Secor-KPMG constate que le projet de l'échangeur Turcot, annoncé à 1,5 milliard de dollars, a grimpé de 140 %, à 3,6 milliards.

Le CHUM, qui devait coûter 953 millions selon les prévisions de 2007, est rendu à 3,1 millards, une augmentation de 228 %. Le projet de l'hôpital Sainte-Justine a grimpé de 260 % et se chiffre maintenant à 929 millions de dollars.

Le remplacement des rames du métro de Montréal devait coûter 900 millions de dollars; la facture sera plutôt de 1,8 milliard, le double de l'estimation initiale.

Dans l'ensemble, 18 projets importants ont vu leur coût grimper de 78 %, et les projets de 40 millions et plus sous la responsabilité d'Infrastructure Québec ont augmenté en moyenne de 56 %.

Dans son étude, le responsable Daniel Denis constate que, particulièrement dans le secteur de la santé, des projets ont été annoncés récemment sans avoir été inscrits formellement au programme d'immobilisation.

Selon lui, comme les 44 milliards en cinq ans étaient un budget maximal déterminé par le ministère des Finances, «il faudra faire des choix, il y a trop de projets pour la capacité de payer du gouvernement».

Pour ne pas dépasser l'enveloppe allouée au ministère de la Santé, des projets annoncés ont été retirés sans qu'on en fasse l'annonce, en juin 2012. Ainsi, les hôpitaux St Mary's et Sacré-Coeur ainsi que l'Institut de cardiologie, à Montréal, de même que les hôpitaux de Saint-Jérôme, de Trois-Rivières et de l'Enfant-Jésus à Québec ont vu des investissements promis placés sur une voie de garage en catimini au profit d'autres engagements.

Daniel Denis estime que la précipitation à annoncer des projets avant que les coûts soient précisément établis explique en bonne partie ces dérapages.

Dans d'autres cas, celui de l'échangeur Turcot, par exemple, le fait que la municipalité et les groupes de pression aient exigé des travaux supplémentaires explique les dépassements. Selon M. Denis, «beaucoup plus de travail devrait être fait en amont pour bien évaluer le projet».

Secor-KPMG propose que tous les projets d'infrastructures soient «inscrits et encadrés» dans le plan québécois d'infrastructures. Ce plan devrait surtout faire l'objet d'un document particulier rendu public et remis chaque année à l'Assemblée nationale.