Le gouvernement Marois ne se contente plus d'exhorter le maire Gérald Tremblay à se demander s'il est toujours apte à administrer la Ville de Montréal. Selon le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, «le statu quo est intolérable».

Tommy Chouinard et Paul Journet LA PRESSE

Aujourd'hui, en marge d'une réunion des députés péquistes, quelques heures avant l'ouverture de la nouvelle session parlementaire, M. Lisée a expliqué que sa formation a pris la décision de ne pas demander carrément au maire de quitter ses fonctions. «Ce qui ne veut pas dire que ça ne nous préoccupe pas», a-t-il ajouté. Il est allé aussi loin qu'il le pouvait dans ses propos: «On est en face de révélations troublantes pour nous, pour les citoyens de Montréal, pour les élus de Montréal. Le statu quo est intolérable.»

Selon un ancien organisateur politique d'Union Montréal, Gérald Tremblay savait que son parti tenait une comptabilité secrète. Les entrepreneurs en construction donnaient à sa formation des enveloppes brunes. Lors d'une réunion en 2004, lorsque le sujet de la comptabilité «officieuse» du parti a été abordé, M. Tremblay s'est levé pour quitter la rencontre. «Je n'ai pas à savoir ça», a-t-il dit, selon le témoin Martin Dumont entendu à la commission Charbonneau.

«On est en présence d'allégations que la Commission semble juger crédibles puisqu'elle accepte que le témoin les fasse à la barre. On est un peu comme vous. On est un peu atterrés de cette situation», a affirmé Jean-François Lisée. M. Tremblay doit annoncer bientôt qu'il ne sera pas candidat à sa propre succession, une décision «sage», «qui tombe sous le sens» selon le ministre. Mais «est-ce que ça suffit? C'est la question qui se pose chaque jour avec plus d'acuité», a-t-il ajouté.

Il qualifie la situation de «grave» mais il reste évasif sur les moyens que le gouvernement pourrait prendre dans le but d'y remédier. «Ça fait partie des discussions que nous avons entre collègues sur ce qui va se passer dans les prochaines semaines», s'est-il contenté de dire.

Pour son collègue des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, «ça devient très, très, très, très difficile» pour le maire. «C'est encore des éléments de plus qui s'ajoutent sur les épaules de M. Tremblay», a-t-il dit. «Je l'invite à réfléchir» à savoir s'il a toujours sa place à la tête de la métropole.

Selon lui, «il y a certainement une question qui se pose» au sujet des déclarations récentes de M. Tremblay. «Comment M. Tremblay a pu dire la semaine passée que la corruption à Montréal existe depuis des dizaines d'années et en même temps dire qu'il ne sait rien?» se demande M. Gaudreault.

Tremblay doit partir, croit Duchesneau

Gérald Tremblay doit cesser de s'accrocher à son poste, dit Jacques Duchesneau, député de la Coalition avenir Québec (CAQ) et ancien patron de l'Unité anticollusion. «(Le maire) n'a plus de légitimité, soutient-il. Sa place n'est plus là. Il faut qu'il se retire et qu'il attende la conclusion du rapport de la commission (Charbonneau).»

Cette perte de légitimité empêche selon lui le maire de bien gouverner la ville. M. Tremblay ne peut pas demander une hausse de taxe, comme il l'a fait aujourd'hui, alors qu'un témoin de la commission Charbonneau l'accuse d'avoir «trompé le système». «Ça me dérange énormément», dit-il.

Situation insoutenable, selon les libéraux

Les libéraux ne vont pas aussi loin. Mais ils ont néanmoins ajouté eux aussi de la pression sur le maire Tremblay. Ce dernier doit s'expliquer très rapidement, pense le chef intérimaire du Parti libéral du Québec (PLQ), Jean-Marc Fournier. «Ça fait déjà longtemps qu'on lui a demandé de procéder à une période de réflexion. Les éléments s'ajoutent et s'accumulent les uns aux autres. Franchement, je crois que l'heure a maintenant sonnée pour qu'il donne des explications très claires aux contribuables, aux citoyens. S'il ne le fait pas, la situation sera insoutenable», a-t-il lancé. 

Fait-il confiance au maire? «Je demande qu'il donne des explications claires», a-t-il répondu. C'est une «nécessité», car la situation actuelle est «insoutenable, a-t-il insisté.