Dans la foulée des révélations embarrassantes de la commission Charbonneau, une poignée de militants libéraux ont tenté, en vain, de convaincre leur parti d'adopter des règles plus frugales pour le financement des candidats à la succession de Jean Charest. En finançant le transport des délégués, à la mi-mars, les candidats auront l'air «d'acheter des votes», affirment quelques délégués, qui n'ont pas réussi à changer le plan de match de la direction du Parti libéral du Québec (PLQ), négocié avec les trois principaux candidats.

Denis Lessard LA PRESSE

Après quelques échanges intenses, la proposition originale des dirigeants du PLQ a été entérinée par une forte majorité des 400 délégués réunis dimanche en conseil général extraordinaire afin de déterminer les règles de la course qui mènera au choix du nouveau chef le 17 mars 2013.

Les candidats à la direction du PLQ pourront dépenser un maximum de 650 000$ d'ici le congrès. De cette somme, 50 000$ devront être versés au parti comme contribution à la préparation de l'événement. En outre, chaque candidat ne pourra dépenser plus de 100 000$ pour les frais d'hébergement et de transport de ses délégués au congrès.

En marge des délibérations, les révélations de la commission Charbonneau alimentaient les conversations. Rappelons que deux anciens ministres, David Whissell et Nathalie Normandeau, ainsi que l'éminence grise du PLQ, Pierre Bibeau, se sont retrouvés sur la sellette la semaine dernière.

«Les milliers de militants du Parti libéral et de tous les partis politiques sont blessés par cela, ce sont des bénévoles qui s'engagent parce qu'ils croient à quelque chose», a dit Philippe Couillard. Selon le chef intérimaire Jean-Marc Fournier, il est clair que «le contexte qui est là n'est pas le meilleur pour ramasser des fonds».

En 2005, le Parti québécois a fait une campagne à la direction avec un plafond de 500 000$ par candidat. En outre, le mode de scrutin - suffrage universel par téléphone - leur a permis d'éviter le coûteux rassemblement du congrès, a rappelé M. Fournier.

La proposition faite aux délégués avait été longuement discutée, au préalable, entre les organisations des trois principaux candidats. Raymond Bachand aurait préféré un plafond plus élevé - jusqu'à 900 000$. Pierre Moreau voulait moins - il s'appliquera volontairement un plafond de 450 000$. Philippe Couillard était d'accord avec la décision de placer la cible entre les deux.

Faire «autrement»

Mais sur le parquet, les échanges musclés ont donné des sueurs froides aux permanents du parti. Selon Jean David, ancien président du PLQ et candidat annoncé, la somme de 650 000$ est «beaucoup trop élevée». Il proposait plutôt un plafond de 300 000$, une somme «plus sobre qui reflète la réalité du terrain et les perceptions». Stéphane Chagnon, de la circonscription de Taillon, membre de la commission politique, a frappé plus fort: «Le contexte demande de faire de la politique autrement», a-t-il lancé, approuvant la décision de Pierre Moreau de s'astreindre à réduire ses dépenses.

Le fait de confier aux candidats le financement des frais de déplacement et de séjour des délégués au congrès - qui aura lieu dans la région de Montréal - a aussi fait grincer des dents. Gérald Gardner, de la circonscription de Robert-Baldwin, a affirmé que«ce n'est pas bien que les candidats paient pour les délégués, cela devrait venir du parti. On ne veut pas d'une campagne où les candidats paient pour des votes».

Un amendement proposé pour que le parti assume ces dépenses a été battu. Le directeur général du parti, Karl Blackburn, a tenu à ramener les délégués dans la direction prévue par la permanence. «On a travaillé avec les trois organisations pour déposer des règles qui pouvaient satisfaire chacun.»

Malgré tout, la proposition originale de la direction du PLQ a été adoptée par une forte majorité, sans amendement majeur. Par la suite, Pierre Moreau a soutenu qu'il aurait préféré un plafond plus bas, mais s'est dit d'accord avec le verdict des membres. Philippe Couillard a également affirmé être «confortable» avec le plafond de 650 000$. Le débat autour des «votes achetés des délégués» lui laisse toutefois un arrière-goût amer. «J'aurais préféré que le parti paie plutôt que les candidats, je me suis abstenu de voter parce que je suis un peu inconfortable avec l'idée que les candidats paient pour les délégués», a-t-il soutenu.

Selon Jean David, les règles adoptées pour la course «datent d'un autre siècle». Le système d'assemblée de choix de délégués est une porte ouverte à la manipulation, croit-il. «Les slates et la collusion, c'est la même chose!», a lancé l'ancien président du parti, sous l'oeil inquiet des permanents du PLQ.

Attention à la pression

Dès le début de l'après-midi, Pierre Moreau a campé sa position. Les révélations de la commission Charbonneau montrent qu'il ne faut pas mettre trop de pression sur les «collecteurs de fonds» en plaçant des plafonds de dépenses trop élevés, ce qui nuit à l'image du parti. «Les irrégularités viennent de la pression faite sur les gens pour ramasser de l'argent», affirme M. Moreau, qui promet de dépenser moins que ses adversaires Philippe Couillard et Raymond Bachand.

Pour Raymond Bachand, pas question de rogner sur ce plafond. Sa campagne ne s'appuiera pas sur les médias sociaux et, inévitablement, sera coûteuse. «Je veux rencontrer les militants, me promener à travers le Québec, voir le monde, j'ai un local à louer, des organisateurs à payer, le budget me semble assez serré. Cela laisse 4000$ par circonscription pour une course de six mois, ce n'est pas considérable», a-t-il soutenu.

M. Moreau était manifestement le plus présent en marge du conseil général: son groupe arborait déjà son macaron de campagne - contrairement aux règles convenues, semble-t-il. «Il y avait un règlement pour qu'il n'y ait pas de publicité, personne de mon entourage n'en porte aujourd'hui», selon Philippe Couillard. «Pour moi, il faut éviter aujourd'hui de faire trop de pression sur les délégués, c'est inapproprié, les candidats devraient être relativement discrets, c'est mon point de vue», a ajouté l'ancien ministre de la Santé.