Le groupe de musique controversé Mise en demeure ne se produira pas sur les plaines d'Abraham à la Fête nationale.

Tommy Chouinard, Paul Journet et Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Il s'est désisté hier matin, à la demande des organisateurs du spectacle, qui craignaient de perdre leur financement.

Cible de vives critiques de la part du gouvernement pour ses paroles à caractère violent, le groupe anarchiste a préféré se retirer plutôt que de condamner le festival Envol et macadam, qui organise le spectacle. L'hôtel de ville de Québec aurait menacé ses gestionnaires de supprimer sa contribution financière si le groupe mettait le pied sur la scène le soir de la Saint-Jean-Baptiste.

«On a l'impression que si un premier ministre ou un maire n'est pas d'accord avec ce qu'un groupe de musique va dire, il peut simplement lui couper tout soutien financier», a déploré l'un des membres de Mise en demeure, lors d'une conférence de presse organisée à Montréal. Les trois musiciens ont refusé de s'identifier.

Le Soleil indiquait hier matin que Mise en demeure devait se produire sur les plaines d'Abraham à la Fête nationale, dans le cadre du «Party clandestin» organisé par Envol et macadam. Cet événement est subventionné par la Ville de Québec.

Le désistement du groupe serait survenu juste avant une sortie virulente du premier ministre Jean Charest, qui trouvait inacceptable que Mise en demeure chante sur les plaines d'Abraham lors de la Fête nationale. Selon le premier ministre, il faut absolument réagir, car la banalisation de la violence doit cesser. D'après lui, Envol et macadam doit également lui «rendre des comptes» sur ses choix.

Groupe controversé

Mise en demeure est derrière le pastiche de la célèbre toile d'Eugène Delacroix, La liberté guidant le peuple, qui a été trouvé la semaine dernière au domicile du député de Québec solidaire, Amir Khadir, lors d'une perquisition. Sur l'affiche, on peut voir la tête d'Amir Khadir sur le corps d'un révolutionnaire et celle du premier ministre Charest sur le corps d'un homme mort gisant au sol.

Le groupe a été formé il y a environ cinq ans, mais a été plus actif au cours des deux dernières années.

Dans la chanson Ah vous dirais-je maman, Mise en demeure chante: «Ah vous dirais-je scie à chaîne/M'as te présenter Courchesne.»

«Ceux qui organisent la Fête nationale ont des comptes à rendre quand on invite un groupe qui, dans un texte de chanson, fait des menaces directes sur une ministre du gouvernement, Michelle Courchesne, a affirmé Jean Charest. Est-ce que ces gens-là pensent qu'on n'a pas de famille? Qu'on n'est pas des êtres humains? C'est comme si on venait déshumaniser la politique, déshumaniser la vie, comme si on pouvait s'attaquer à n'importe qui de n'importe quelle façon.»

Pour M. Charest, ce serait «une erreur de ne pas réagir, de ne rien dire, de laisser passer».

Mise en demeure se défend

Mais selon le groupe, la sortie du premier ministre n'est pas sincère. En effet, «il sait très bien qu'il n'y a personne qui va s'en prendre à lui», a affirmé l'un des musiciens de Mise en demeure, un costume de banane sur le dos. «On n'est pas menaçants, on fait de l'humour. Ce qu'on fait, ce n'est pas des vrais appels au meurtre, ce sont des blagues», a-t-il ajouté. Il a également déploré le fait que le premier ministre se fasse du «capital politique» sur leur dos et essaie de détourner l'attention de problèmes politiques réels.

Le groupe assure qu'il faut lire ses textes au second degré. Il souligne aussi la présence de violence dans les textes de figures importantes de la chanson, comme Georges Brassens et Richard Desjardins.

«À tous ceux et celles qui pensent qu'on abuse, qu'on va trop loin et qu'on ne sait pas où s'arrêter, ce n'est absolument pas vrai», a conclu le musicien. «On sait exactement où s'arrêter et on va juste un peu plus loin parce que c'est le fun.»