Aux prises avec une crise sans précédent avec le mouvement étudiant, alors que se profilent à l'horizon la commission Charbonneau, les départs de plusieurs députés et des élections générales, Jean Charest a appuyé sur le bouton de panique.

Denis Lessard LA PRESSE

Et il a appelé à la rescousse, littéralement, son ancien chef de cabinet, Daniel Gagnier.

Celui qui avait déjà été le bras droit de Jean Charest de 2007 à 2009, fait partie d'un cercle très restreint de conseillers consultés quotidiennement sur le conflit avec les étudiants depuis «plusieurs semaines» a-t-on appris. On lui avait attribué une bonne part de la remontée du PLQ, redevenu majoritaire en 2008 après dix-huit mois de gouvernement minoritaire. Son retour aux affaires se discutait depuis quelques jours dans les cercles libéraux -la flambée de la crise avec l'adoption de la loi spéciale a été un puissant accélérant; le gouvernement tient à calmer le jeu dans les rues de Montréal avant le début de la saison touristique.

L'arrivée de Dan Gagnier ne signifiera pas un changement de cap pour Québec, mais laisse prévoir un changement d'attitude de la part du gouvernement.

Le gouvernement comprend que les associations étudiantes n'ont pas voulu négocier jusqu'ici. L'intervention personnelle de Jean Charest dans ces discussions n'est pas écartée, mais on compte jouer de prudence; pas question de mettre le patron dans une situation où il aurait l'air du responsable de l'échec des négociations, «il ne faut pas aller trop vite, le terrain bouge encore sous nos pieds, pourquoi lancer le premier ministre là-dedans», insiste-t-on du côté libéral. Une courant chez les vétérans libéraux se dessine, beaucoup désapprouvent la stratégie de Jean Charest et soulignent qu'un Robert Bourassa n'aurait pas ainsi compromis la paix sociale. Un premier signe est paru hier; Jean Claude Rivest, l'alter ego de Robert Bourassa a mis en doute l'applicabilité de la loi 78 et appelé une reprise rapide des discussions avec les jeunes. Décrétée par Québec, la hausse des droits de scolarité «n'est pas un dogme» tranche-t-il dans un reportage du Soleil, hier.

Il ne faudrait pas interpréter ce changement de lieutenant comme un signe que Jean Charest est déterminé à demeurer en politique jusqu'à la fin de son mandat. M. Gagnier, n'abandonne pas d'emploi pour sauter à nouveau dans la mêlée, il était à la retraite, il vient de terminer une négociation avec les indiens Cris, un lucratif mandat du gouvernement. Aussi avec François Pilote, M. Gagnier avait fait du démarchage pour l'industrie du gaz de schiste, pour Talisman, auprès du gouvernement.

Depuis le début de l'année, avec Michel Bissonnette, de Zone 3 et Luc Ouellet de National, M. Gagnier faisait également partie d'un comité de stratèges libéraux chargés de réfléchir à la prochaine campagne électorale. Le comité ne s'était pas réuni depuis la mi-février avait révélé La Presse, un signe probant que les élections n'étaient pas imminentes.

Ancien vice-président aux communications  d'Alcan, Dan Gagnier avait connu M. Charest à l'époque où il travaillait au Conseil privé sous Brian Mulroney à Ottawa. Il avait été aussi sous-ministre en Ontario et en Saskatchewan.

M. Gagnier remplace Luc Bastien, qui dans la soixantaine avancée, éprouve des problèmes de santé. Bastien est un vétéran du PLQ, il était du cabinet de Raymond Garneau, aux Finances dans les années 1970. Il avait appuyé M. Garneau dans sa course ratée contre Claude Ryan en 1997, on le retrouve plus tard chez Gérard D. Lévesque. Avec le retour du PLQ au pouvoir en 1985, il sera dans l'orbite de Marc-Yvan Côté et flirte un moment avec le PLC sous John Turner.

Plus récemment il avait été directeur de cabinet du ministre Yvon Marcoux, à la Justice, de 2003 à 2005. Il avait fait de même avec Sam Hamad, à l'Emploi, de 2007 à 2011.

De 1978 à 1981, il avait été coordonnateur du Centre d'information sur l'unité canadienne à Québec.