Bien qu'ils aient, unanimement, voté en faveur de la loi spéciale par laquelle Québec veut encadrer les manifestations étudiantes, les députés de la Coalition avenir Québec avaient, derrière des portes closes des avis bien différents sur la pertinence du projet de loi 78, la semaine dernière.

Denis Lessard LA PRESSE

Des sources proches de ces discussions ont indiqué à La Presse, que les François Rebello et Sylvie Roy, par exemple avaient une opinion diamétralement opposée à celle de l'ancien chef adéquiste, Gérard Deltell sur l'à propos de la loi, très controversée depuis son adoption vendredi dernier.

Présent à la rencontre, Martin Koskinen soutient que «la discussion n'a pas été tendue, il n'y a pas eu d'états d'âmes, de coup de poing sur la table». François Legault a tranché après avoir entendu les arguments de part et d'autre, soutient-il. Le chef caquiste semblait assez déterminé à ce qu'on comprend; en privé, comme plus tard en public, il a soutenu qu'à toutes ces dispositions passablement musclées, il en aurait ajouté une, l'interdiction de porter un masque durant une manifestation.

Au cours des derniers jours, quelques organisateurs de la CAQ, souvent associés au PQ à l'origine ont pris leur distance de leur parti, ulcérés par l'appui donné par François Legault à la loi 78 à l'Assemblée nationale. Accusant le coup, hier le chef caquiste sentait le besoin de publier une lettre sur le site internet de l'organisation. La loi spéciale «doit demeurer une mesure d'exception, et son application ne se fait jamais sans heurts» écrit M. Legault. «Dans les circonstances, sachant que cette loi aurait été adoptée avec ou sans notre appui, nous croyons que négocier avec le gouvernement était la décision responsable à prendre» poursuit-il. Le jour du vote, il avait expliqué appuyer la loi «par devoir».

Pour lui cet appui de la CAQ a convaincu Québec à apporter des amendements «d'atténuer la portée» du projet de loi. «La décision d'appuyer le projet de loi amendé ne s'est pas prise de gaieté de coeur. Il n'a jamais été question de cautionner l'incompétence du gouvernement à gérer cette crise, mais de prendre une décision rationnelle, non partisane et responsable dans des circonstances difficiles» d'insister le chef caquiste.

Caucus partagé

Avocate Mme Roy s'interrogeait sur la légitimité de la loi que son parti allait approuver à cause de son impact sur les libertés fondamentales. Elle était d'accord avec les mesures pour empêcher de bloquer l'accès aux établissements d'enseignement et pour suspendre la session dans les CÉGEPS paralysés. Mais les dispositions plus critiquées de la loi touchant le droit de manifester «allaient trop loin» selon la députée de Lotbinière.

Avant de voter en faveur à l'Assemblée nationale, François Rebello s'était aussi dit opposé à cette loi. Longtemps associé au mouvement étudiant, l'ancien péquiste trouvait «la bouchée grosse à avaler» mais, comme il est sur la corde raide depuis son atterrissage raté à la CAQ, il a dû se retenir; pas question pour quiconque de s'abstenir de voter avait-on prévenu à l'avance.

Le député Rebello voulait que la CAQ propose à Québec de scinder le projet de loi. La partie sur les sessions aurait été adoptée sur le champ et les dispositions, plus délicates, sur les manifestations, faire l'objet d'étude en commission parlementaire. Un autre ex-péquiste, Benoît Charrette était aussi opposé à l'idée que son parti puisse cautionner le gouvernement, mais il ne s'est pas exprimé avec beaucoup de détermination, vendredi. Un autre ancien péquiste, Daniel Ratthé n'a pas pris de position claire devant ses collègues.

Eric Caire était lui en faveur de la loi, mais était l'émissaire de François Legault auprès de Michèle Courchesne et Jean-Marc Fournier pour négocier des amendements. La CAQ avait obtenu notamment que la limite des rassemblements couverts par cette loi était de 10 personnes à l'origine, ce seuil passera à 50 personnes à l'instigation du tiers parti.

François Bonnardel et les autres anciens adéquistes étaient clairement en faveur du projet de loi 78. Le plus véhément avait été Gérard Deltell l'ancien chef adéquiste. Pour lui les intentions de Québec étaient légitimes compte tenu de la pagaille à Montréal. Aussi, a-t-il rappelé, la Ville de Québec a dans sa réglementation des dispositions pour encadrer les manifestations sans que personne ne s'en soit offusqué.

- Avec Tommy Chouinard