Beaucoup de confusion persiste dans la population quant aux orientations de la Coalition avenir Québec, que François Legault a lancée il y a un mois. Un sondage CROP réalisé pour La Presse montre que les Québécois sont partagés devant sa promesse de ne pas travailler à la souveraineté une fois élu.  

Denis Lessard LA PRESSE

Ainsi, 48% des gens soutiennent «ne pas croire François Legault» quand «il affirme qu'il ne travaillera pas à faire la souveraineté du Québec», révèle l'enquête, réalisée en 24 heures auprès de 500 internautes. Inversement, 52% croient le nouveau chef de la CAQ quand il s'engage à ne pas toucher au dossier constitutionnel. Les gens qui ne le croient pas sont principalement des électeurs péquistes... Les électeurs caquistes croient massivement M. Legault.

«C'est comme si François Legault était encore perçu comme péquiste, son héritage le suit, et c'est beaucoup lui qui définit le parti», observe Youri Rivest, vice-président de CROP. Après une dizaine d'années en politique, l'ancien ministre péquiste a aussi une côte à remonter pour se présenter comme vecteur de changement.

Quelque 40% des répondants estiment que la CAQ «ne représente pas un véritable changement», 30% pensent le contraire et la même proportion avoue n'en rien savoir. Parmi ceux qui veulent voter pour la CAQ, deux personnes sur trois y voient une source de changement. Cette donnée doit être considérée avec précaution, prévient M. Rivest. On peut penser «qu'en absolu, la CAQ n'est pas un changement. Les gens sont cyniques envers les politiciens. En revanche, la CAQ peut représenter un véritable changement par rapport aux autres partis».

Une majorité de Québécois, 55% contre 45%, croit par ailleurs qu'il est possible de réunir souverainistes et fédéralistes au sein d'un même parti.

Fusion approuvée

La fusion de la CAQ et de l'ADQ, confirmée mardi, remporte une claire adhésion; dans l'ensemble de l'électorat, 63% des gens se disent «en faveur de la fusion», alors que 37% la désapprouvent. Parmi ceux qui avaient l'intention d'appuyer M. Legault aux prochaines élections, le verdict est sans appel: 85% des gens sont favorables, seulement 15% s'y opposent.

Selon le spécialiste, «pour la moitié de la population, la Coalition est méconnue». La maison de sondage a demandé aux répondants s'ils croyaient que la CAQ était fédéraliste ou souverainiste, de gauche ou de droite, pour ou contre l'augmentation de la participation du privé en santé. Dans la plupart des cas, on retient une profonde ignorance des orientations mises de l'avant par la CAQ. Et chez les répondants qui prennent position, on constate un clivage presque à égalité.

«On peut dire que si M. Legault voulait ne pas être associé à la gauche ou à la droite, à la souveraineté ou au fédéralisme, il a atteint sa cible, observe M. Rivest. En ce moment, il est à peu près au centre, dans la perception. Si c'était son but de rester au centre sans se peinturer, il a bien réussi. Être au centre tout en étant perçu comme nationaliste, il y a un bon marché [électoral] là.»

Par exemple, 23% des répondants voient dans la CAQ un parti fédéraliste, 30% y discernent plutôt une formation favorable à la souveraineté et pas moins de 47% avouent ne pas connaître suffisamment le jeune parti. Sur le clivage «gauche-droite», 20% des gens voient François Legault à gauche et 27% le voient dans le camp de la droite; encore une fois, 54% des gens reconnaissent leur ignorance.

Le partage est un peu plus net en santé; 34% voient dans la CAQ un appui au privé en santé, et 21% pensent que François Legault s'oppose à l'idée - 45% disent ne pas connaître cette position. De plus, 37% croient que le parti veut hausser les droits de scolarité et 19% pensent que l'ancien ministre de l'Éducation s'opposerait à la hausse. Ici, 44% soutiennent ne pas savoir ce que préconise la CAQ.

L'orientation du parti au sujet de la loi 101 est le seul aspect qui paraît clair aux électeurs; 48% pensent que la CAQ est «pour le renforcement de la loi» et seulement 8% sont d'avis contraire. «Le parti est méconnu, et les gens l'associent au parcours de François Legault», conclut M. Rivest.