Mettant leurs différends de côté, des indépendantistes de tous horizons politiques ont marché côte à côte pour l'indépendance, cet après-midi, à Montréal. Alors qu'une crise frappe le Parti québécois, le regroupement Cap sur l'indépendance tente de favoriser les rapprochements entre les souverainistes.

Valérie Simard LA PRESSE

«Nous pensons qu'il est important de se parler de citoyens à citoyens, en dehors de toute partisanerie politique», a souligné Gilbert Paquette, coordonnateur du réseau Cap sur l'indépendance qui regroupe 22 organismes souverainistes. M. Paquette soutient que le lancement de cette campagne de promotion de souveraineté, dans laquelle s'inscrit l'événement d'aujourd'hui, n'est pas lié à la tempête que traverse présentement le Parti québécois. «Ça a été décidé en mai dernier, lorsque nous avons fondé Cap sur l'indépendance, a-t-il précisé. Mais, c'est certain qu'en regroupant tous les indépendantistes, quel que soit leur parti politique ou leur mouvement, on espère créer davantage d'union et de solidarité, d'abord entre les indépendantistes et ensuite avec la population.»

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a participé à la marche, entourée de plusieurs députés de son caucus. Refusant de commenter la fronde à laquelle elle a fait face cette semaine au sein de son caucus, Mme Marois a répété qu'elle compte rester à la tête du Parti québécois. «J'ai beaucoup de résilience, vous savez, a-t-elle déclaré. J'ai surtout de grandes convictions. Je suis persuadée qu'un jour le Québec sera indépendant. Je le souhaiterais le plus tôt possible. Aujourd'hui [cette marche], c'est un encouragement à tous ceux et celles qui continuent à croire à ce projet de pays.» Le député démissionnaire Jean-Marc Aussant, l'ex-premier ministre du Québec, Bernard Landry, la porte-parole de Québec Solidaire, Françoise David, le porte-parole du Nouveau mouvement pour le Québec, Jocelyn Desjardins, ainsi que les candidats à la chefferie du Bloc québécois ont également participé à l'événement, organisé à la veille du 16e anniversaire du référendum de 1995.

Un effet négatif

Pour plusieurs participants, l'effet négatif de la crise au PQ sur le mouvement souverainiste est indéniable. «Dans l'histoire de l'humanité, je n'ai vu aucun peuple qui aspirait à son indépendance à atteindre cet objectif dans la division», a observé le député péquiste de Bourget, Maka Kotto. Mais, selon lui, la solution à cette crise ne passe pas par le départ de Pauline Marois. «Quelle que soit la personne qui sera à la tête du Parti québécois, cette personne sera définie médiatiquement négativement et elle subira le même sort, a-t-il déploré. Tous sont passés par là.»

«C'est sûr que quand l'un des plus gros partis souverainistes dans l'histoire du Québec est en crise, ça amène probablement un certain nombre de gens à se poser des questions, a dit la porte-parole de Québec Solidaire, Françoise David. Mais la souveraineté, c'est bien au-delà des partis politiques. La souveraineté, ça appartient à un peuple.» Quant à la possibilité de coalition entre Québec Solidaire et le Parti québécois, Mme David a indiqué que l'invitation lancée par son collègue Amir Khadir était une initiative personnelle. «Pour le moment, on n'a pas le mandat de proposer quelque entente que ce soit avec qui que ce soit, a-t-elle laissé tomber. Le seul mandat qu'on a c'est d'être à l'écoute et de continuer à avoir une attitude de dialogue avec le Parti québécois. Je vais être candidate à l'investiture dans Gouin.»

Le président de la Société Saint-Jean Baptiste, Mario Beaulieu, estime pour sa part qu'il est temps de promouvoir l'indépendance du Québec de manière non partisane. «Dans le passé, on a peut-être trop mis nos oeufs dans le même panier, a-t-il fait valoir. Beaucoup de souverainistes ont investi les partis politiques. On pense que la société civile est beaucoup mieux placée pour faire la promotion de l'indépendance de façon systématique. En restant non partisan et en laissant la politique aux politiciens.»

Le président du PQ, Raymond Archambault, a néanmoins tenu à rappeler que, malgré les «inquiétudes» manifestées cette semaine au sein du caucus, «le Parti québécois demeure le grand parti souverainiste». Il a minimisé les sondages qui attribuent de faibles intentions de vote au PQ. «L'opinion peut changer, dépendant des événements, a-t-il rappelé. Je suis persuadé que l'opinion n'est pas figée en ce moment, même si elle semble stationnée. Elle va évoluer.»

Chez les manifestants, les avis étaient partagés. «Pauline Marois devrait rester à la tête du parti, a soutenu Louise Lafleur. Je ne vois pas de nouveau chef actuellement. Le problème, ce n'est pas le chef. Les indépendantistes se cherchent.» «Il n'y a personne pour la remplacer [Pauline Marois], a remarqué Serge Savoie. C'est triste parce que Mme Marois est un peu dépassée. On ne sait pas comment elle va réagir, à quelle vitesse, elle va réagir. Le mouvement est en marche. Et si elle n'avance pas, elle recule.»