Jean Charest misera sur le Plan Nord pour obtenir des Québécois un quatrième mandat d'affilée. Le mégaprojet du premier ministre, qu'il tente de promouvoir cette semaine auprès des investisseurs étrangers, pourrait ainsi devenir sa planche de salut pour à la fois regagner la faveur populaire et se maintenir au pouvoir.

Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

À Francfort, en Allemagne, jeudi, dernière étape de la mission européenne qu'il dirige dans le but de faire connaître son projet à l'étranger et faire pleuvoir les milliards d'investissements dans la Grand-Nord, M. Charest a soutenu que le Plan Nord sera un des enjeux de la prochaine campagne électorale.

«On peut certainement affirmer que le Plan Nord fera partie du décor et de l'ensemble des enjeux» de la prochaine campagne électorale, a-t-il commenté, en point de presse, après une allocution devant des gens d'affaires et des financiers de Francfort.

Il a dit que son projet était «bien reçu partout dans le monde» et qu'il était convaincu que les Québécois allaient adhérer à cette initiative et en retirer un sentiment de fierté.

«Je suis persuadé que les Québécois vont beaucoup aimer ce projet et que ça va être pour eux une source de fierté, j'en suis convaincu», a-t-il dit.

Il a cependant nuancé son propos en disant qu'il était encore trop tôt pour échafauder des stratégies électorales.

Ce sont les Québécois qui vont décider «s'ils vont trouver de quoi (dans ce projet) à vouloir réélire le gouvernement», a-t-il dit.

Quoi qu'il en soit, contexte pré-électoral ou non, pour la deuxième fois depuis le début de la mission, lundi à Londres, M. Charest a pris appui sur le Plan Nord pour attaquer sa rivale péquiste, Pauline Marois.

Il n'a toujours pas digéré le fait que la chef péquiste ait émis des réserves par rapport à ce projet de 80 milliards de dollars en 25 ans, lancé officiellement à Lévis en mai dernier.

Sur le plan politique, à ses yeux, cela «a été une erreur de Mme Marois de ne pas dire un oui franc et ouvert» au développement du Nord québécois.

Selon lui, «au Parti québécois, la réaction a été plutôt indifférente, du bout des lèvres. Je m'attendais à ce que Mme Marois dise: c'est un bon projet, faites-le, on avance. Quand le PQ a fait la Paix des Braves, moi j'ai dit que j'appuyais la Paix des Braves. J'ai pas dit: la Paix des Braves, mais, la Paix des Braves, peut-être.»

En fait, Mme Marois a dit que si elle était portée au pouvoir, elle donnerait suite au Plan Nord, tout en s'engageant à en revoir certains aspects, comme le régime de redevances imposé aux compagnies minières, pour s'assurer que l'exploitation des ressources naturelles profite à l'ensemble des Québécois.

Chose certaine, les Québécois devront s'habituer à ce que le Plan Nord fasse partie du décor, et pendant longtemps.

«On va en parler et on va en faire la promotion pendant plusieurs, plusieurs années à venir», a planifié M. Charest, qui poursuivra son opération séduction, sur la scène internationale, au Japon et en Chine, au mois d'août.

En mai, il avait annoncé le premier volet quinquennal du projet et le deuxième volet est déjà en préparation. De plus, parallèlement, les Québécois seront invités, entre-temps, à participer à une consultation publique sur le sujet.

Le premier ministre, qui revient au pays vendredi soir, a mené sa mission européenne à un train d'enfer, multipliant les discours devant un public cible du monde des affaires et de la finance, et les rencontres privées avec des chefs d'entreprises et des financiers.

À Munich, en fin de journée, il a été reçu avec tous les honneurs dus à un chef d'État, avec tapis rouge à sa descente d'avion et escorte policière bloquant l'autoroute pour laisser passer son véhicule et sa suite.

En soirée, M. Charest a pu assister à un concert de l'Orchestre symphonique de la Bayerisher Rundfunk dirigé par le chef québécois Yannick Nézet-Séguin.

«Ça me touche beaucoup», a dit M. Nézet-Séguin, à l'entracte, que le premier ministre ait choisi d'assister au concert, malgré un horaire très chargé, alors que M. Charest venait le saluer.

Le jeune chef québécois de réputation internationale, qui a reçu une longue ovation du public allemand, a indiqué qu'il était fier de se produire partout dans le monde «en tant qu'ambassadeur du Québec et du Canada».

Il a dit apporter à la direction musicale un style «différent», «typiquement québécois», en adoptant une approche «collégiale», «très ouverte».

«Je reste moi-même partout où je suis», a ajouté le chef, avant d'entreprendre la deuxième partie du concert, dans une salle remplie à pleine capacité.