Louise Beaudoin exclut catégoriquement de réintégrer un jour le caucus du Parti québécois, devenu selon elle un «vieux parti» comme les autres.

Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

Complètement désenchantée du Parti québécois et de la politique en général, celle qui passe pour la pasionaria de la cause souverainiste constate le cynisme ambiant, ce qui la fait même douter de la volonté du peuple de faire un jour du Québec un pays.

Dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne, mardi, la députée indépendante de Rosemont refuse en fait de se prononcer sur l'avenir du PQ et ses chances de se tirer indemne de la crise qui le secoue depuis une semaine.

Celle qui a quitté le caucus péquiste la semaine dernière, comme trois de ses collègues, réclame désormais sa liberté de parole. Et elle entend bien l'exercer à l'extérieur des rangs du PQ.

Après 41 ans de militantisme au sein du PQ, Mme Beaudoin dit être rendue ailleurs. Mais chose certaine, selon elle, «pour sauver le PQ, il faut le transformer».

«J'ai tourné la page», résume l'ex-ministre, quand on lui demande de décrire ses états d'âme, quelques jours après avoir pris une des décisions les plus importantes de sa vie politique.

«C'est une espèce de soulagement. J'ai pris la bonne décision», assure-t-elle, ajoutant qu'elle ne pouvait plus supporter le «carcan» de la politique partisane.

Elle refuse donc d'emblée la main tendue par la chef péquiste, Pauline Marois, qui l'invitait à rentrer au bercail. Et elle met donc aussi un terme aux rumeurs qui avaient circulé dans l'entourage de la chef, laissant entendre que Mme Beaudoin regrettait son geste et était prête à revenir dans l'équipe.

La députée préfère aborder la crise au PQ dans une perspective plus large. La vie politique n'est plus ce qu'elle était, ici et ailleurs, car il y a désormais «un problème entre la population et les partis politiques traditionnels, ce qu'est devenu le Parti québécois», selon elle.

«Est-ce que c'est comme ça qu'on va faire l'indépendance du Québec?», se demande-t-elle, constatant que les citoyens, désabusés, n'écoutent plus les politiciens, quel que soit le parti en présence.

«Est-ce que les citoyens, qui sont devenus si distants de la classe politique, qui sont si déçus de la classe politique, tous partis confondus, est-ce qu'ils vont vouloir embarquer dans cette belle et grande aventure collective et commune?», s'est-elle interrogée à propos du projet souverainiste.

«La politique est en train de mourir de ces maux-là, ici comme ailleurs. Dans le monde entier, c'est comme ça», déplore-t-elle, constatant que la réflexion cédait désormais le pas au populisme et à la démagogie. Exit la pensée complexe.

Mais le plus important pour elle, «à cette époque-ci de ma vie, c'est ma liberté de parole», dit la députée de 65 ans, qui n'exclut pas de se porter candidate à nouveau lors du prochain scrutin.

Contrairement à son collègue Jean-Martin Aussant, qui a claqué la porte du caucus en réclamant la tête de Mme Marois, elle n'attaque pas directement la chef péquiste, jugeant que le problème était beaucoup plus vaste et complexe qu'une question de leadership.

«C'est l'ensemble du parti qui doit se ressaisir», selon celle qui se demande si «le Parti québécois n'est pas en train de devenir un vieux parti».

Interrogée à savoir si, selon elle, Pauline Marois pourra redresser la barre et réunifier le parti, elle ne se prononce pas. «Ce n'est pas à moi à dire ça. J'ai tourné cette page-là», lance-t-elle.

Elle note quand même que le malaise au sein du caucus du Parti québécois ne date pas de la semaine dernière, rappelant que deux autres députés, François Legault, en juin 2009, et Camil Bouchard, en janvier 2010, avaient eux aussi claqué la porte, avant Lisette Lapointe, Pierre Curzi, M. Aussant et elle-même, la semaine passée.

«Ça en fait six qui démissionnent depuis 2008», dit-elle, pour illustrer le malaise.