En pleine opération charme pour gonfler les rangs de sa Coalition pour l'avenir du Québec, François Legault a cafouillé sur la question de la souveraineté, mardi.

Tommy Chouinard LA PRESSE



En matinée, avant de prendre la parole devant des membres de la chambre de commerce de Lévis, l'ancien péquiste n'a pas fermé complètement la porte à la tenue d'un référendum si, comme on s'y attend, sa coalition devient un parti politique. S'il accède au pouvoir, il ne tiendra «sûrement pas (un référendum) dans un premier mandat», a répondu M. Legault à une journaliste, laissant donc entendre qu'un référendum serait possible au cours d'un éventuel second mandat.

Après son allocution, M. Legault a convoqué les médias en catastrophe pour faire une «mise au point». Il n'entend pas «travailler» à un référendum dans «l'avenir prévisible», au cours de sa «vie active», donc au moins pour les 10 prochaines années, a-t-il expliqué. «J'ai 54 ans, et ma vie active va jusqu'à peut-être 65 ans. Je ne travaillerai pas sur la souveraineté dans le reste de ma vie active. C'est clair. [...] Je n'ai pas l'intention et je n'ai aucune prévision de travailler sur un référendum.»

La question nationale «divise les Québécois», et c'est pourquoi la coalition veut la mettre de côté pour au moins 10 ans, a-t-il ajouté. «Je pense qu'on a besoin d'au moins une dizaine d'années pour rebâtir notre rapport de force. Et ce sera bon pour les deux camps, ceux qui sont pour le fédéralisme renouvelé et ceux qui sont pour la souveraineté.»

François Legault veut «laisser l'avenir ouvert aux jeunes» afin qu'ils «choisissent le statut qu'ils voudront» pour le Québec.

Société distincte

Paraphrasant Robert Bourassa, il a affirmé que le Québec, «quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, est une société distincte libre de choisir». «Mais ce choix-là ne se fera pas dans un avenir prévisible, a-t-il poursuivi. Il faut sortir du déni. Il n'y a pas de volonté dans la population d'appuyer majoritairement un référendum.»

Selon lui, la «situation actuelle n'est pas idéale» sur le plan constitutionnel, «mais on n'a pas le choix de vivre avec».

Avec sa coalition, qui compte 1000 membres pour le moment, M. Legault veut réunir tant des souverainistes que des fédéralistes pour stopper le «déclin tranquille du Québec». Il a déjà dévoilé ses propositions sur l'éducation, la santé et l'économie; il dévoilera ses idées sur la culture en septembre. Il présentera un plan d'action global d'ici à la fin de l'année. Il créera de toute évidence un parti politique en 2012 puisque, comme il le reconnaît lui-même, les formations actuelles ne défendront manifestement pas ses idées. Et si jamais le premier ministre Charest déclenche des élections hâtives - ce qu'il a toutefois écarté la semaine dernière -, M. Legault est prêt à lancer son parti dès l'automne.

«Si on crée un parti politique, il faudra avoir une position constitutionnelle. On ne pourra rester dans la même position que la coalition», a-t-il souligné.

Débats difficiles

La question laisse présager des débats difficiles. «Il faudrait savoir quelles seraient les demandes qu'on ferait à Ottawa, et ce qu'on ferait si ces demandes n'étaient pas acceptées. Mais on n'en est pas là. Si certaines demandes sont accueillies positivement, est-ce que ce sera suffisant pour signer la Constitution? On n'a pas encore travaillé là-dessus. Ce qu'on sait, c'est qu'on n'a pas l'intention, sur une période d'à peu près 10 ans, un avenir prévisible, de travailler sur la souveraineté.»

La chambre de commerce de Lévis a fait appel à Marc Picard, ancien adéquiste maintenant député indépendant, pour agir à titre d'intermédiaire et inviter François Legault à sa tribune. «Si M. Legault est intéressé», M. Picard se dit disposé à se joindre à son éventuel parti. «Ses idées me plaisent beaucoup», a-t-il noté.

Dans l'assistance, on a également vu l'avocat Marc-André Gravel, membre fondateur de l'ADQ, dont il a quitté le comité de direction depuis environ un an.

Le Parti libéral avait réservé une table. La présidente de l'aile jeunesse, Maripier Isabel, s'est empressée de critiquer les orientations de M. Legault à la fin de son allocution. Des membres de l'association libérale de Lévis étaient présents et ont fait savoir qu'ils ne changeraient pas d'allégeance.

François Legault dit avoir des «discussions» avec des députés de tous les partis. «On parle surtout d'idées. C'est sûr que, quand on a des idées en commun, ça peut mener loin. On verra», a-t-il répondu à la question de savoir si certains sont prêts à se joindre à lui. Marc Picard estime qu'il y a en ce moment dans tous les partis des députés qui «ne sont pas à l'aise» dans leur formation et qui auraient intérêt à se joindre à la Coalition.

Au sujet de la crise qui secoue le PQ, M. Legault a déclaré que le parti «n'est pas facile à gérer». «C'est normal qu'il y ait des tensions» au sujet de l'article 1 du programme du PQ puisque des militants souhaitent la souveraineté au plus vite, a-t-il dit.