Après l'éducation, la santé. L'ancien ministre François Legault rendra prochainement public son plan de match pour le secteur de la santé. Des intentions qui feront à coup sûr grincer des dents dans le réseau.

Denis Lessard LA PRESSE

Selon la Coalition pour l'avenir du Québec, l'ancien ministre s'apprête à déposer d'ici deux semaines un texte «aussi agressif que pour l'éducation». Ce dernier avait soulevé, à la mi-février, un tollé parmi les syndicats et les commissions scolaires et parmi les comités de parents.

Une réunion importante pour l'orientation du document, passablement loin de la «gauche efficace», a eu lieu hier. Dans les premières moutures, le document menaçait d'amendes les médecins spécialistes qui ne remplissent pas leurs cibles. Ces idées ont été mises de côté depuis. «Il n'y aura rien de coercitif», a-t-on résumé, sûr d'avoir cette fois des appuis, ce qui n'était pas le cas pour le document sur l'éducation, taillé en pièces par les groupes de pression.

Concernant les hôpitaux et les agences régionales de santé, M. Legault compte réduire le nombre de cadres, qui a augmenté rapidement au cours des dernières années, selon la Fédération des médecins spécialistes. Les établissements devront désormais être «imputables». M. Legault voulait auparavant imposer des contrats de performance aux hôpitaux afin que les établissements justifient leurs budgets. Il veut pousser plus loin son idée de «bulletins des hôpitaux» où la satisfaction de la clientèle était importante.

Des propositions déjà en application

Bien des propositions sont déjà en application, comme l'objectif d'améliorer la première ligne et donner un rôle accru aux infirmières, en plus de celui d'accorder une plus grande marge de manoeuvre aux pharmaciens.

Ces derniers pourraient désormais rédiger des ordonnances pour une période maximale de trois mois au lieu d'un, ce qui constitue une mesure importante d'économie. L'obligation de revenir chaque mois et d'augmenter ainsi les honoraires coûte 1,3 milliard par année à Québec. Partout au Canada, les pharmaciens peuvent servir des médicaments pour une période de trois mois.

M. Legault veut davantage de médecins de famille et souhaite qu'ils soient responsables, mais ne fixe pas de quotas de patients ou d'interventions. En revanche, «tous les incitatifs seront liés à la prise en charge de patients. Les médecins de famille devront accepter davantage de patients». Concernant les spécialistes, on jongle avec l'idée d'obtenir l'engagement de réaliser un nombre déterminé d'interventions. Déjà sous-entendu, cet engagement deviendrait plus formel.

Selon les proches de François Legault, ce dernier n'est pas décontenancé outre mesure par le tollé soulevé par son texte sur l'éducation, où il abolissait la sécurité d'emploi des enseignants. Il avait soumis ses idées à une dizaine de groupes qui l'attendaient de pied ferme au moment de la publication de son manifeste. Il semble avoir été plus prudent jusqu'ici pour son programme en santé.

Toutes ces idées seront retravaillées pour en arriver à l'automne à un véritable programme de parti, explique-t-on.