Soixante-seize. C'est là sans contredit le nombre qui viendra hanter les jours et les nuits de Pauline Marois, d'ici le moment fatidique du samedi 16 avril 2011, vers 17 heures.

Publié le 22 déc. 2010
LA PRESSE CANADIENNE



Car c'est à cet instant précis que son sort sera scellé: ou bien elle poussera un soupir de soulagement, pouvant continuer à espérer devenir en 2012 la première femme à occuper le poste de premier ministre du Québec, ou bien elle saura qu'à partir de là son leadership sera contesté et ses ambitions politiques peut-être à jamais anéanties.

La chef du Parti québécois est bien au fait que pour survivre politiquement elle devra faire mieux que 76 pour cent, lors du vote de confiance auquel participeront les 2000 délégués présents au 16e congrès national du PQ, qui se tiendra au Palais des congrès de Montréal, du 15 au 17 avril.

Toute performance supérieure à 76 pour cent devrait lui servir de sauf-conduit jusqu'aux prochaines élections. À l'inverse, il est difficile d'imaginer qu'un score inférieur ne signifierait pas pour elle le début de la fin de sa carrière politique.

En juin 2005, en pareille circonstance, Bernard Landry avait obtenu 76,2 pour cent d'appuis et avait aussitôt claqué la porte, humilié. Avant lui, un autre chef péquiste, Lucien Bouchard, de surcroît premier ministre, avait obtenu un score de 76,7 pour cent, en novembre 1996, et avait menacé de tirer sa révérence avant de se raviser à contrecoeur.

Un chef privé de l'appui tangible et massif de ses militants est en général perçu - ou se perçoit lui-même - comme un chef affaibli, voire en sursis. Il craindra entendre avant longtemps le sifflement des couteaux qu'on aiguise pour mieux lui planter dans le dos.

Dans d'autres partis, les choses paraissent tellement plus simples et faciles. En mars 2008, Jean Charest a reçu l'appui de 97,2 pour cent des militants libéraux, lors d'un tel vote de confiance. En novembre 2010, Gérard Deltell a obtenu un score équivalent, soit 97,1 pour cent, de la part des militants adéquistes. Des performances qui feraient crever d'envie n'importe quel chef du PQ.

Mais au Parti québécois, reconnu de tout temps pour entretenir une relation ambiguë, voire d'amour-haine, envers ses chefs, de tels scores sont tout simplement impensables.

Pour sa part, chaque fois qu'on lui a posé la question, Pauline Marois a toujours refusé de fixer un seuil minimal à atteindre pour continuer à diriger le parti. Mais chose certaine, chaque décimale de plus que Bernard Landry ou Lucien Bouchard sera interprétée comme une grande victoire, au moins jusqu'aux prochaines élections. Alors que chaque décimale en moins ouvrira la porte à tous les scénarios.

Le congrès d'avril 2011 - le premier du PQ en six ans - sera donc déterminant pour Pauline Marois, et ce, à plus d'un titre. Car c'est aussi à cette occasion que le programme de la prochaine campagne électorale sera adopté.

Incontournable, la délicate question du prochain référendum sur la souveraineté sera à l'ordre du jour. Depuis qu'elle dirige le PQ, en 2007, Mme Marois n'a jamais bronché: pas question pour elle de s'enferrer dans un échéancier référendaire fixé d'avance. Et jusqu'à nouvel ordre, elle a réussi à faire passer l'idée qu'une fois élue première ministre, elle en tiendrait un «au moment jugé approprié», sans trop de chemises déchirées autour d'elle.

En somme, en 2010, Mme Marois a démontré qu'elle pouvait continuer à avancer, malgré les pelures de banane jetées sur son passage par des gens provenant de son propre camp.

Comme c'est souvent le cas au PQ, les pelures ont d'abord été lancées par ceux qu'on appelle affectueusement les «belles-mères», les anciens chefs du parti.

Un de ceux-là, Bernard Landry, est revenu à la charge pour dire que l'article un du programme du parti devait reprendre l'ancienne formule, soit la tenue d'un référendum «le plus tôt possible» dans un premier mandat.

L'ancien premier ministre Jacques Parizeau a lui aussi mis son grain de sel, en exprimant ses réserves sur la stratégie référendaire de Mme Marois. Il voudrait un plan de match plus musclé, incluant la mise à jour des études sur la souveraineté.

Mais il a nié avec la dernière énergie les prétentions de ceux qui ont vu dans ses critiques une remise en question du leadership de son ancienne protégée.

Mme Marois n'était pas pour autant au bout de ses peines, se retrouvant une fois de plus sur la défensive, en novembre, en raison des pressions d'une cinquantaine de jeunes souverainistes prompts à contester, eux aussi, son projet de «gouvernance souverainiste», tout en chantant les louanges de Gilles Duceppe.

Rompue à ce genre de critiques et convaincue que la grogne était très marginale, Mme Marois est demeurée de glace, gardant le cap sur sa démarche, qui consiste, si elle prend le pouvoir, à gouverner «en parti souverainiste», tout en cherchant à rapatrier des pouvoirs d'Ottawa dans l'attente du grand soir.

Elle ne s'est pas non plus laissé démonter par le projet de son ex-collègue François Legault, qui est à rédiger un manifeste - promis pour l'automne puis remis à l'hiver - et à former un groupe de réflexion politique, prélude éventuel à un parti politique de centre-droit qui mettrait la souveraineté entre parenthèses.

Le réconfort - voire un signe encourageant en prévision du vote de confiance d'avril - est plutôt venu du côté des électeurs, qui lui ont réservé une belle surprise, fin novembre, dans Kamouraska-Témiscouata, où le PQ a été élu après 25 ans de règne libéral.