L'opposition s'oppose, c'est dans l'ordre des choses. Mais malgré tout, le PQ a brossé un tableau particulièrement sombre du gouvernement Charest lors de son bilan de fin de session parlementaire.

Mis à jour le 10 déc. 2010
Paul Journet LA PRESSE

Que reste-t-il à dire d'un gouvernement après avoir passé toute l'année à le critiquer? Jean Charest est devenu «un boulet pour son gouvernement (...) et pour tout le Québec», a lancé Pauline Marois.

Elle ne dénonce pas seulement que le premier ministre refuse encore de déclencher une commission d'enquête. Elle dénonce aussi les répercussions de ce refus sur d'autres dossiers.

«L'entêtement» de M. Charest «pollue l'air de l'Assemblée nationale» et empêche de faire avancer d'autres sujets comme l'affaire Lola, les redevances sur les gaz de schiste et les mines ou le projet de loi sur les accommodements raisonnables dans la fonction publique.

Le gouvernement est trop pris à «gérer son image» pour pouvoir «gérer ses dossiers», croit Mme Marois. Elle estime que le gouvernement s'est affaibli et a créé une crise qui «paralyse» le débat public.

Les relations entre Mme Marois et M. Charest demeurent glaciales. La chef du PQ indique qu'elle ne déteste pas le premier ministre. «Je déteste ce qu'il fait», essaie-t-elle de nuancer. Mme Marois n'a pas réussi à identifier un seul bon coup au gouvernement Charest.

S'il gagne les élections, le PQ s'engage à déclencher une commission d'enquête pour exposer la corruption et la collusion. Quel en serait le mandat? Mme Marois dit qu'elle présentera «bientôt» sa proposition. «Ça pourrait être, par exemple, les contrats dans le domaine de la construction qui touchent toutes les institutions publiques ou tous les corps publics», réfléchit-elle. Elle voudrait aussi que la commission se penche sur le financement des partis politiques.

Le gouvernement Charest répète qu'à l'extérieur de la «bulle parlementaire», dans «le vrai monde», l'économie va bien. Pas si vrai, répond le PQ. L'année 2010 sera moins bonne que 2009, prévient Mme Marois. Le Québec affiche seulement la septième meilleure croissance économique du Canada cette année, note-t-elle. «Et pour 2011, les prévisionnistes s'entendent pour dire que la situation risque d'être (plus) sombre», ajoute Mme Marois.

Elle s'inquiète de la dette. «Le poste de dépenses qui augmente le plus vite en ce moment, c'est le service de la dette», indique-t-elle. Les frais d'intérêt augmenteront de 10% par année - ce qui équivaudra à environ un milliard de dollars. Le taux de chômage au Québec vient aussi de dépasser la moyenne canadienne, note-t-elle.

Mme Marois rappelle aussi que la semaine dernière, le ministre des Finances, Raymond Bachand, annonçait que le déficit budgétaire augmenterait de 600 millions.

Crise de légitimité, dit Khadir

Selon Amir Khadir, le gouvernement Charest crée «une crise de légitimité démocratique» en refusant de déclencher la commission d'enquête réclamée par une majorité de Québécois, les municipalités, le Conseil du Patronat, les principaux syndicats et les associations de policiers, ingénieurs et procureurs.

Le reste du bilan de M. Charest aussi serait «désastreux» et alimenterait le désabusement envers les politiciens. Mais pas envers la chose publique. Le député de Québec solidaire cite en exemple le soulèvement d'une partie de la population contre les gaz de schiste, les coalitions «Pour que la Québec ait meilleure mine» ou « Sept-Îles sans uranium » ainsi que la pétition réclamant la démission du premier ministre.