Le Parti québécois croit que les firmes de génie-conseil noyautent les activités du ministère des Transports.

Alexandre Robillard LA PRESSE CANADIENNE

Le leader de l'opposition officielle Stéphane Bédard a affirmé lundi que cette situation dure depuis des années, ce qui démontre l'importance d'une commission d'enquête.

Dans son édition de lundi, Le Devoir a rapporté que le ministère des Transports et l'escouade Marteau de la Sûreté du Québec enquêtent sur neuf firmes de génie-conseil qui se partageraient des contrats publics dans l'industrie de la construction.

Selon M. Bédard, aucun des projets de loi présentés récemment par le gouvernement n'a réellement porté atteinte à l'emprise de ces compagnies sur les marchés publics.

«Maintenant on sait que les firmes ont pris le contrôle du ministère depuis des années et que même les projets de loi qui ont été déposés n'ont pas pour effet de briser ce lien et cette mainmise des firmes sur l'ensemble des travaux au ministère ou dans l'ensemble des municipalités», a-t-il dit lors d'un point de presse.

Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, s'est montré inquiet d'apprendre que des firmes se concerteraient avant de répondre à des appels d'offres, une pratique contraire à la loi.

«Ça m'inquiète autant que les autres choses m'inquiètent, a-t-il dit. Lorsqu'on apprend ces nouvelles-là, on se dit qu'il faut que les enquêtes se fassent. Et il y a des enquêteurs qui sont là pour les faire.»

M. Fournier, qui a travaillé pendant six mois à titre de vice-président principal d'une filiale du secteur construction de la firme de génie SNC-Lavalin, a expliqué qu'il ignore totalement si des entreprises se concertent quant à l'octroi de contrats publics du gouvernement et des municipalités.

«C'est nouveau pour moi, je n'ai jamais entendu parler de ça», a-t-il dit.

M. Fournier a travaillé pendant six mois pour la firme Socodec, durant la pause où il s'est absenté de la politique provinciale, entre décembre 2008 et août dernier. Pour cette raison, il doit se retirer des réunions du conseil des ministres chaque fois que SNC-Lavalin fait partie de l'ordre du jour des réunions du gouvernement.

Le ministre des Transports, Sam Hamad, a lui aussi travaillé pour une firme de génie-conseil, Roche, jusqu'en 2003.

M. Bédard s'est indigné que des membres du conseil des ministres ayant une connaissance du secteur restent muets quant à la nécessité de mandater une enquête publique afin de faire la lumière sur les allégations de malversations dans la construction.

«Ces gens-là devraient savoir, a-t-il dit. Ils devraient manifester leur inquiétude.»

Par ailleurs, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), Louis Dionne, a affirmé lundi que les dossiers reliés aux malversations dans la construction sont complexes.

Dans un communiqué, où il fait référence à certaines rumeurs relatives à l'escouade Marteau, M. Dionne nie que la négociation des conditions de travail des procureurs retarde le processus d'accusation.

«Les dossiers de cette nature présentent un degré élevé de complexité qui repose souvent sur une imposante preuve documentaire qui doit être appréciée par le procureur dans le cadre de son analyse du dossier, a-t-il dit. À l'instar de l'enquête policière, cette étape ne peut être précipitée.»

M. Fournier, qui est ministre de la Justice, a affirmé que le gouvernement n'envisage pas de mandater de procureur spécial dans ce dossier, contrairement à des informations qui ont circulé.

«Le DPCP a toute notre confiance, a-t-il dit. Il a une équipe chevronnée de procureurs.»

Selon M. Fournier, le gouvernement a déjà déployé beaucoup de ressources spécifiquement consacrées aux nombreuses allégations qui circulent depuis des mois au sujet du milieu de la construction.

«On est déjà dans des moyens exceptionnels avec toutes les ressources qui sont données justement à Marteau», a-t-il dit.