«Attends un peu Amir, on va fouiller ton passé. On t'aura bien à un moment donné.» C'est ainsi que le député libéral André Drolet a menacé jeudi matin Amir Khadir, seul élu de Québec solidaire.

Mis à jour le 19 nov. 2010
Paul Journet LA PRESSE

 

Plus tard en après-midi, il a offert ses excuses à M. Khadir, qui les a acceptées. La menace avait été prononcée hors micro.

L'opposition venait de présenter une motion pour demander que Jacques Duchesneau soit suspendu (voir autre texte). Les libéraux ont refusé d'en débattre. M. Khadir a applaudi par ironie. C'est alors que M. Drolet l'a interpellé.

Sa menace a provoqué une cascade de questions de procédures et d'invectives entre l'opposition et le gouvernement.



«Mêle-toi donc de tes affaires pis arrête d'écoeurer le monde», a répété hors micro le leader parlementaire péquiste Stéphane Bédard à son vis-à-vis libéral, Jean-Marc Fournier.

Plus tard en point de presse, M. Khadir peinait malgré tout à se souvenir du nom de M. Drolet, un député d'arrière-ban qui intervient très rarement en Chambre.

Le vent et la tempête

La veille, M. Khadir avait sévèrement critiqué le gouvernement Charest, qu'il disait gangrené par la corruption. Pierre Moreau, le whip du gouvernement, croit que M. Khadir s'est attiré la menace.

«Qui sème le vent récolte la tempête», a expliqué M. Moreau.

«Je suis d'accord», a répondu M. Khadir. Selon lui, c'est parce qu'il s'est récemment attaqué aux hauts financiers du PLQ qu'on durcit le ton à son égard.

À quoi faisaient référence les menaces sur le «passé» de M. Khadir? Peut-être à une interview qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux depuis quelques jours. Elle date du printemps dernier, alors que le cofondateur du Réseau Liberté-Québec, Éric Duhaime, disait à CHOI-FM qu'Amir Khadir cachait «un agenda islamique».

«Je l'invite ardemment à fouiller mon passé», a répondu M. Khadir.

Résistance iranienne

De 1980 à 1983, il a été sympathisant des Moudjahidines du peuple iranien (OMPI). «C'est une organisation qui luttait en Iran contre la dictature des religieux au pouvoir», rappelle M. Khadir.

Il ajoute qu'en 1981, le président de cette organisation avait été reçu «comme un héros» par le président français François Mitterrand.

L'OMPI prônait la résistance armée pour installer un régime démocratique et laïque en Iran.

M. Khadir dit s'être dissocié de l'OMPI au milieu des années 80, quand le groupe a utilisé la violence en sol canadien en s'attaquant à l'ambassade iranienne.

Depuis 1997, les États-Unis considèrent l'OMPI comme étant une organisation terroriste. Le Canada la classe aussi ainsi. D'autres gouvernements comme le Royaume-Uni l'ont récemment retirée de leur liste de groupes terroristes.

Le député de Québec solidaire se dit victime de «salissage» de la part de gens qui sont soit mal intentionnés, soit mal renseignés sur l'Iran. Il rappelle que QS est un parti féministe et laïque. «Mes parents, mes grands-parents, mes beaux-parents, mon épouse, toute ma famille étaient engagés dans le combat politique contre le fanatisme islamique depuis au moins 30 ans. Quand quelqu'un dit que j'ai un agenda islamiste caché, c'est assez grotesque.»