Rongé par la culture du secret, le Parti libéral commence à se fissurer. C'est la conclusion que tire l'opposition péquiste du dernier conseil général du PLQ, tenu à Lévis en fin de semaine.

Publié le 15 nov. 2010
Patrice Bergeron LA PRESSE CANADIENNE

Selon le député péquiste Stéphane Bergeron, un incident a été particulièrement révélateur.

En entrevue à La Presse Canadienne, lundi, il a rappelé le sort de Martin Drapeau, un «pauvre militant libéral» qui voulait débattre de la pertinence d'une commission d'enquête sur l'industrie de la construction mais qui n'a trouvé personne parmi les 600 participants pour seconder sa proposition.

«Je suis bien désolé pour M. Drapeau, a-t-il commenté dans un entretien téléphonique. C'était désolant de le voir dans une position aussi embarrassante, aussi gênante, aussi humiliante, mais je pense que ça en dit long sur la façon de fonctionner du Parti libéral, sur (sa) culture interne. Et je pense que ça traduit un malaise profond à l'intérieur de la machine libérale que de voir des militants commencer à s'exprimer.»

Pour M. Bergeron, c'est, dans ce parti reconnu pour sa cohésion, un signe que la base «commence à s'agiter» devant la multiplication des allégations.

«Ce qui est étonnant, c'est que ce ne soit pas survenu plus tôt», a dit le représentant péquiste.

Mais comme M. Drapeau affirmait pourtant avoir eu l'appui d'autres militants qui se sont rétractés, l'incident démontre aussi que des «pressions énormes» ont été exercées par «la machine» pour bâillonner des militants qui auraient pu seconder la demande de débat, a poursuivi M. Bergeron.

«Est-ce qu'il y a du bâillonnement? J'imagine qu'il y a certainement eu de la pression.»

Le député de Verchères estime que la culture du secret du PLQ met de plus en plus de militants et même de députés du gouvernement «mal à l'aise».

Cette «très grande discipline interne fait qu'on n'embarrasse pas publiquement la direction du parti  et que tout se décide «derrière des portes closes» et en «coulisses».

Selon lui, certains signes pourraient permettre de croire que le PLQ est un parti «malade», même s'il recueille 8-9 millions $ par année.

«Je suis sûr qu'à l'interne, ils sont convaincus que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, mais à tout le moins il commence à y avoir des fissures dans l'édifice.»

Il a même reformulé avec ironie une déclaration du ministre des Finances, Raymond Bachand, qui disait que le PLQ faisait preuve de «solidarité, discipline et unité».

«Il semblerait qu'il y en a (parmi les militants) qui commencent à avoir un point de vue un peu différent. D'aucuns diraient que c'est plus du secret que de la discipline, plus de la mainmise que de la solidarité, plus des tractations en coulisses que de l'unité.»