Le président de l'Association des garderies privées du Québec, Sylvain Lévesque, en remet une couche. Il réclame maintenant la démission du ministre de la Famille, Tony Tomassi, qu'il accuse de l'avoir «poignardé dans le dos».

Tommy Chouinard LA PRESSE

M. Lévesque a raconté à La Presse que le ministre Tomassi lui a passé un coup de fil hier matin dans l'espoir d'apaiser sa colère au sujet de nouvelles règles qui s'appliqueront aux garderies privées. L'opération fut un échec. «Il essayait de m'amadouer pour que je ne parle pas» aux médias, a tonné M. Lévesque. «Il essayait de me convaincre que j'ai mal compris ce qu'il avait annoncé. Mais ce n'est pas un ministre qui ne sait même pas comment répondre aux questions sur les garderies religieuses, qui fait volte-face le lendemain, qui va me dire que je n'ai pas compris ce qui se passe. Ça fait 20 ans que je suis dans le réseau. J'ai vu huit ministres, et combien de sous-ministres!»

 

Comme l'a souligné La Presse hier, M. Lévesque fulmine en raison de nouvelles règles annoncées lundi par M. Tomassi, en particulier celle demandant à toute garderie privée de faire de nouvelles demandes de permis et de subventions au ministère dès que plus de 10% de ses actions changent de main. Selon lui, Québec impose déjà de nombreuses règles aux garderies et dispose de tous les pouvoirs nécessaires pour sanctionner celles qui sont délinquantes.

«On est plus que trahis. On a été poignardés dans le dos! Le ministre n'a même pas eu l'éthique professionnelle de nous appeler avant de sortir en conférence de presse. Jamais on n'a été consultés», a lancé M. Lévesque.

Sur la sellette en raison des allégations de favoritisme du PQ dans l'attribution de places en garderie, Tony Tomassi «essaie de redorer son blason sur notre dos». «Je la comprends, sa manoeuvre politique. C'est une stratégie pour dire à l'opposition: «Regardez, on leur rentre dans le corps. Les garderies privées, ce ne sont pas nos amis.» Il est en train de nous sacrifier pour refaire valoir son image auprès de la population. Les poules vont avoir des dents avant que ça arrive, je peux vous le dire. Il me connaît mal.»

Selon lui, Tony Tomassi «n'a plus aucune crédibilité». L'AGPQ refuse de se présenter en commission parlementaire pour réagir au projet de loi qui sera déposé bientôt à l'Assemblée nationale. «Jamais de ma sainte vie et jamais notre réseau n'ira s'asseoir devant un ministre qui veut mener une réforme et qui ne comprend rien au réseau des garderies. On demande sa démission», a dit M. Lévesque. Les membres de l'Association se mobilisent. «Le printemps sera chaud», prévient le président.

Au passage, M. Lévesque souligne qu'«il y a eu du favoritisme depuis 2003» dans l'attribution des places aux garderies. «Le principal concerné par tout ce qui se passe, c'est Tony Tomassi», a indiqué M. Lévesque.

À l'Assemblée nationale, le député péquiste Nicolas Girard a souligné que M. Lévesque a également déclaré que «du temps où l'ex-ministre de la Famille a donné des permis, le député de LaFontaine (M. Tomassi) était adjoint parlementaire du premier ministre. Il avait de l'influence pour l'obtention des permis. C'est lui qui est responsable du scandale actuel». Nicolas Girard a demandé à nouveau la tête de Tony Tomassi.

Pour le ministre, les mesures annoncées répondent «adéquatement aux problématiques qui ont été soulevées» et aux «insinuations qui ont été faites» même si celles-ci «ne se sont pas avérées». «Mais nous le faisons pour faire en sorte que les services de garde continuent à offrir le même excellent service à toutes les familles du Québec», a-t-il ajouté.

Nicolas Girard a lancé une nouvelle allégation de favoritisme. Le 27 novembre dernier, M. Tomassi a accordé 34 places subventionnées à la garderie Mona Lisa de Montréal. «Or le projet de développement de cette garderie commerciale a été pour la première fois refusé lors de l'appel d'offres de 2008», a souligné le député de Gouin. Cette garderie a eu «une deuxième chance alors que 10 autres garderies privées et deux CPE couvrant le même territoire n'ont pas eu droit au même privilège».

«Est-ce que le ministre a accordé ces 34 places parce qu'une des administratrices, Lucia Borrega, résidante de Saint-Léonard, a contribué pour plus de 2300$ à sa caisse?» s'est demandé M. Girard.

Tony Tomassi a répliqué que «les places ont été accordées pour une seule raison: pour les parents de son propre comté, parce que les places seront développées rapidement pour satisfaire les besoins des familles du comté de Gouin».