Le Parti québécois se propose de ranger bien loin le concept d'État providence et, sans le dire à haute voix, de faire un petit pas vers la droite. Une manoeuvre que Pauline Marois considère comme une «redéfinition de la social-démocratie» et qui passe par la prospérité individuelle.

Mis à jour le 25 févr. 2010
Bernard Barbeau LA PRESSE CANADIENNE

«Cette richesse individuelle n'est pas un but en soi mais bien un moyen d'épanouissement des personnes, des familles, de toutes les régions du Québec et, au bout du compte, cela va de soi, de la nation québécoise», a-t-elle déclaré jeudi en point de presse.

«Ce n'est plus l'État qui doit être au centre de notre enrichissement national, ce doit être les Québécoises et les Québécois eux-mêmes, a estimé Mme Marois. Le Parti québécois amorce donc un virage important qui, je crois, correspond aux aspirations des Québécoises et des Québécois.»

Cette vision est aussi celle qui se dégage des propositions que contient un cahier de réflexion que Pauline Marois a rendu public jeudi après-midi, et qui doit alimenter les discussions entre membres du PQ à l'occasion du colloque «Gouvernement souverainiste et création de la richesse», qui se tiendra les 13 et 14 mars à Lévis.

Le document d'une quarantaine de pages met de l'avant différentes idées qui ne seront pas nécessairement adoptées par le parti, faut-il souligner.

Celles-ci incluent le rapatriement d'Ottawa de différentes compétences touchant par exemple le développement économique, le financement de l'éducation et l'assurance-emploi, de même que des mesures concernant la fiscalité, la conciliation travail-famille, la retraite, l'accession à la propriété, l'entreprenariat ou encore la recherche. La révision du mandat des sociétés d'État à vocation économique est aussi du lot.

Le spectre de la souveraineté plane sur bon nombre des idées évoquées, mais force est de constater qu'il ne s'agit pas d'une condition sine qua non.

«Il va de soi qu'un certain nombre de propositions que nous voulons discuter comportent le fait que nous ayons plus de pouvoir et plus de moyens, que nous allons aller réclamer à Ottawa, a souligné Mme Marois. Quand on envoie la moitié de nos impôts à un autre État, il est normal que, dans certains champs particuliers, nous puissions réclamer ces outils.»La social-démocratie revue et corrigée

«C'est une redéfinition, dans un sens, de la social-démocratie parce que nous demeurons des progressistes, a assuré Pauline Marois. (...) Permettant aux gens de s'enrichir, ils contribueront mieux aux impôts parce qu'ils auront des revenus plus élevés.»

«Il ne s'agit pas de faire table rase du passé, a cependant averti la chef du PQ. L'État continue et continuera d'être un formidable outil de développement économique et de partage de la richesse. Et on ne se privera pas de l'utiliser à ces fins.»

Le colloque du mois prochain constituera le deuxième exercice du genre pour la formation de Mme Marois. Un premier colloque s'est déjà tenu sur le développement culturel, et un troisième portera sur les politiques sociales.

Après coup, un comité rédigera une proposition en prévision du XVIe congrès du PQ, en juin prochain.