Même s'il vient tout juste d'être couronné, le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, sait déjà que sa formation politique « a toutes les preuves à faire » pour gagner la confiance des Québécois d'ici la campagne électorale d'octobre 2019.

Mis à jour le 19 janv. 2019
FANNY LÉVESQUE LA PRESSE

« Il faudra surmonter le doute », a lancé l'ex-ministre péquiste en entrevue à La Presse. « Le Bloc québécois a tellement souffert que les gens doutent de lui », a-t-il convenu. À neuf mois du prochain scrutin, Yves-François Blanchet estime que sa formation devra avoir « assez de leadership » pour assumer sa vision du Québec et la proposer aux électeurs.

Seul candidat à avoir présenté une candidature valide, celui qui était jusqu'à tout récemment analyste politique sur les ondes de Radio-Canada et chroniqueur pour le groupe Capitales Médias a été nommé chef du Bloc québécois dans la nuit de mercredi à jeudi. Il succède ainsi à Martine Ouellet, qui avait quitté ses fonctions dans le tumulte en juin dernier.

À ce propos, Yves-François Blanchet assure que cette crise intestine, pendant laquelle sept des dix députés bloquistes avaient claqué la porte du parti, est derrière eux. « Tout ce que je sens, ce sont des gens heureux d'avoir traversé ça et d'être encore là », a-t-il indiqué, affirmant même que le Bloc québécois est ressorti « plus fort » de ce sombre épisode.

Reste que le chef bloquiste ne nie pas qu'il aura du travail à abattre, alors que la pertinence de la présence du Bloc québécois à Ottawa a été remise en question plus d'une fois après les difficiles élections de 2011 et de 2015. 

« Si le Bloc présente une offre crédible, la question de la pertinence se règle d'elle-même. »

- Yves-François Blanchet

« Et je pense qu'on va la régler rapidement, parce que [...] tant que l'indépendance [du Québec] n'est pas faite, le Bloc sera pertinent », ajoute-t-il. Par ailleurs, le nouveau chef promet de « défendre l'intérêt des Québécois » et de ne pas s'opposer aux visées de la Coalition avenir Québec (CAQ), même si la formation n'adhère pas à la cause souverainiste.

« Je salue le nationalisme de François Legault », a par ailleurs précisé M. Blanchet. « Et lorsque la CAQ va être capable de créer un consensus, le Bloc québécois va être en appui. Ce n'est pas parce que la CAQ n'est pas souverainiste qu'on va systématiquement dire que tout ce qu'elle fait n'est pas bon. Intellectuellement, je ne serais pas capable de faire ça. »

Trudeau « ne sera plus seul »

Alors que le Québec promet d'être dans la ligne de mire des libéraux pour faire des gains en 2019, notamment dans les circonscriptions néo-démocrates, Yves-François Blanchet prévient le premier ministre du Canada « qu'il ne sera plus seul » désormais. « Le grand avantage de M. Trudeau jusqu'à présent, c'est qu'il était seul », prétend le chef bloquiste.

« Ses adversaires au Québec étaient Jagmeet Singh et Andrew Scheer. Il était seul. La mauvaise nouvelle pour M. Trudeau, en tout respect, c'est qu'il ne le sera plus. Je n'ai pas l'intention de lui donner une passe gratuite et j'ai comme l'impression que sa stratégie, c'est de faire comme si nous n'existions pas », dénonce-t-il.

Au travail

M. Blanchet dit ne pas avoir tardé à se mettre à la tâche dans les heures qui ont suivi son couronnement jeudi. Des défis « organisationnels et financiers » l'attendent, mais il n'est pas inquiet. « Ça va se mettre en place rapidement », assure-t-il, soulignant avec optimisme le financement de « plus de 300 000 $ » recueilli en décembre seulement.

« C'était clair qu'on allait commencer très vite », soutient-il. Le Bloc québécois prévoit tenir un congrès à la fin du mois de février pendant lequel « la proposition » de la formation politique sera notamment définie. L'environnement sera au coeur des priorités bloquistes, promet celui qui a été ministre de l'Environnement sous Pauline Marois de 2012 à 2014.

« L'environnement est le seul sujet sur lequel je ne respecte la juridiction de personne. C'est trop urgent. »

- Yves-François Blanchet 

Il espère démontrer aux électeurs que le « modèle environnemental québécois » qu'il souhaite définir « n'est pas réalisable » dans un pays « dont les politiques d'exportation sont orientées vers le pétrole de l'Ouest ».

Toujours au chapitre de ses priorités, le chef bloquiste promet de redonner « une voix au Québec » et de s'attaquer « à la vaste notion d'identité » qui inclut entre autres, dit-il, « la souveraineté culturelle et la reconnaissance du français ». Il est aussi d'avis que le Québec devrait avoir le pouvoir d'appliquer « son propre programme d'intégration » des immigrants.