Parce que l'enjeu est urgent, parce qu'il transcende les idéologies politiques, parce qu'il exige une réponse rapide et forte, le député fédéral de Longueuil - Saint-Hubert Pierre Nantel appelle le Parlement canadien à nommer un ministre non partisan de la Guerre au réchauffement climatique.

Publié le 26 nov. 2018
Jean-Thomas Léveillé LA PRESSE

« En temps de guerre, il n'y a plus de parti qui tienne », écrit Pierre Nantel dans une lettre ouverte à l'attention de ses collègues de la Chambre des communes.

Le député néo-démocrate de Longueuil - Saint-Hubert appelle formellement les élus fédéraux à nommer un ou une « ministre de la Guerre au réchauffement climatique », qui relèverait de la Chambre, et dont le mandat serait de « 5 ou 10 ans », de manière qu'il « dépasse le cycle électoral ».

« On a 12 ans pour couper de moitié nos émissions mondiales de gaz à effet de serre » afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5 °C, écrit-il dans sa missive publiée en nos pages, aujourd'hui, en citant le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Un tel défi requiert de « lancer rien de moins qu'une mobilisation du pays », poursuit-il, estimant que les « conséquences seront graves et violentes » si les élus « refusent de travailler ensemble » sur la question.

« Nous ne pouvons pas accepter que la classe politique utilise la prochaine année - une année électorale - pour faire un enjeu partisan de cette question de survie. » - Extrait de la lettre de Pierre Nantel

SORTIR DE LA PARTISANERIE

Pierre Nantel croit fermement que la partisanerie nuit à la lutte contre le réchauffement climatique.

Quand le sujet est abordé en Chambre, « on entend les railleries de tout le monde », déplore-t-il en entrevue avec La Presse, parlant de « guéguerre politique ».

« Jamais je n'ai entendu un conservateur me parler de solutions de rechange propres pour la séparation du sable et du pétrole », illustre-t-il, reconnaissant que son parti était aussi tiraillé par la question, tiraillé « entre les droits des travailleurs [du secteur pétrolier albertain] et l'environnement ».

C'est pourquoi « il faut dépolitiser ça », enchaîne-t-il, se disant même prêt à siéger comme indépendant pour faire avancer son idée, lancée pour la première fois lors du débat d'urgence sur les changements climatiques qui s'est tenu à la Chambre des communes le 15 octobre.

La démission en août dernier, en France, du ministre de la Transition écologique et solidaire Nicolas Hulot illustre pour Pierre Nantel « l'impossibilité d'agir sous la formule standard ».

MÉTAPHORE DU CABINET DE GUERRE

L'idée d'un cabinet de guerre au réchauffement climatique, non partisan, s'inspire des cabinets de guerre britanniques qui regroupaient des représentants de plusieurs partis, lors de la Seconde Guerre mondiale, explique Pierre Nantel.

Mais l'analogie guerrière fait aussi référence à l'« effort de guerre » que le problème exige de l'ensemble de la population.

Dirigé par un ou une « ministre de la Guerre au réchauffement climatique », ce cabinet pourrait définir et imposer rapidement les actions à prendre, illustre-t-il.

« Il n'y aurait plus de niaisage », tranche Pierre Nantel.

« On a besoin de faire face à cette situation-là au plus sacrant ! » - Pierre Nantel, député néo-démocrate de Longueuil - Saint-Hubert 

Pour limiter le « débat épouvantable » que provoquerait le choix de ce ministre parmi les députés de la Chambre, Pierre Nantel évoque l'idée de confier la tâche à un sénateur qui reste à nommer.

« On pourrait nommer Steven Guilbeault ou Laure Waridel au Sénat dans le seul but de le ou la nommer ministre de la Guerre au réchauffement climatique », suggère-t-il. « Là, on commence à parler ! »

Une telle façon de faire éviterait que la personne choisie ne soit « liée à la campagne électorale » qui se mettra en branle au cours de la prochaine année.