Le Canada et les États-Unis ont convenu de discuter de façon « intensive » pour faire progresser le dossier de l'ALENA cet été, a indiqué hier la ministre Chrystia Freeland, au même moment où le nouveau gouvernement italien menace de faire dérailler un autre accord de libre-échange entre le Canada et l'Europe.

Publié le 15 juin 2018
Maxime Bergeron LA PRESSE

La ministre des Affaires étrangères se trouvait hier à Washington, où elle a rencontré le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer. Ils ont décidé de «continuer les négociations» en vue du renouvellement de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), en plus de s'entretenir des tarifs imposés par les États-Unis sur les importations d'aluminium et d'acier.

«Nous sommes confiants que des progrès ont été réalisés [sur l'ALENA], a affirmé Chrystia Freeland pendant un point de presse. Nous devons continuer de travailler fort pour obtenir des résultats.»

Aucune date n'a été fixée pour une nouvelle ronde officielle de pourparlers impliquant tous les négociateurs des trois pays, a admis la ministre. Plusieurs demandes de l'administration Trump restent inacceptables par le Canada et le Mexique, notamment sur l'expiration automatique de l'ALENA dans cinq ans en vertu d'une «clause crépusculaire» et sur la gestion de l'offre dans le secteur agricole.

Mme Freeland a aussi réitéré la vive opposition du Canada aux tarifs «illégaux» décrétés par Washington sur les métaux, sous le prétexte que ces importations poseraient une menace à la sécurité nationale des États-Unis.

Ottawa a répliqué à ces surtaxes en imposant des tarifs totalisant 16,6 milliards de dollars sur une série d'importations américaines et en faisant une plainte officielle à l'Organisation mondiale du commerce. L'Union européenne (UE), le Mexique, la Norvège et le Japon, eux aussi visés par les surtaxes américaines, ont entrepris de démarches similaires.

Accord Canada-Europe

Alors que la relation commerciale avec les États-Unis reste tendue, l'Accord économique et commercial global (AECG), ratifié entre le Canada et les 28 pays de l'UE, est aujourd'hui menacé par le gouvernement populiste de Giuseppe Conte en poste depuis une dizaine de jours en Italie.

Le ministre de l'Agriculture a indiqué dans La Stampa que l'Italie ne ratifiera pas cet accord «parce qu'il ne protège qu'une petite partie de nos AOP [appellations d'origine protégée] et de nos IGP [indications géographiques protégées]». Le retrait de l'Italie de l'AECG constituerait un revers majeur pour le Canada, qui cherche à tout prix à diversifier ses marchés d'exportation.

En point de presse à Ottawa, le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, a rappelé que «98% de l'accord est déjà en vigueur» de façon provisoire depuis le 21 septembre dernier. Quelque 9000 «lignes tarifaires» sont ainsi tombées à zéro, a-t-il ajouté.

Toujours en vue de diversifier ses partenaires commerciaux, le gouvernement Trudeau a déposé hier à la Chambre des communes le projet de loi qui vise à mettre en oeuvre le Partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP). Ce vaste traité de libre-échange unira 11 pays de la région Asie-Pacifique, dont le Japon et l'Australie, comptant un produit intérieur brut (PIB) combiné de 10 200 milliards US, soit 13,6% du PIB mondial.

Aucune date n'est encore fixée pour l'application concrète du PTPGP, mais on sait qu'il entrera en vigueur 60 jours après qu'au moins six des pays signataires auront conclu le processus de ratification.