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Vivement un lieutenant québécois pour Trudeau

En 2015, Justin Trudeau a mis fin à... (PHOTO PC)

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En 2015, Justin Trudeau a mis fin à une tradition bien établie en abolissant le poste de lieutenant politique du Québec. Mais alors que les prochaines élections pointent à l'horizon, certains députés et stratèges libéraux aimeraient que leur chef revienne sur sa décision.

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(Ottawa) En devenant chef du Parti libéral du Canada, il y a cinq ans ce mois-ci, Justin Trudeau avait promis de faire table rase pour mettre fin aux luttes fratricides qui avaient marqué le règne de ses prédécesseurs, notamment entre John Turner et Jean Chrétien et entre Jean Chrétien et Paul Martin.

Pour lui et ses proches collaborateurs, il était urgent de se défaire des étiquettes du passé. «Il n'y a plus de libéraux de Jean Chrétien ou de libéraux de Paul Martin. À partir de maintenant, il n'y a que des libéraux», avait-il dit en substance le soir où il a été élu chef du parti.

Justin Trudeau a aussi mis fin à une tradition bien établie depuis l'époque où son père était premier ministre en abolissant le poste de lieutenant politique du Québec dès son arrivée au pouvoir, en novembre 2015. Aucun ministre, au sein de son cabinet, n'a donc reçu le mandat de veiller à ce que les nombreux dossiers qui cheminent à travers la machine gouvernementale fédérale tiennent compte des intérêts, des aspirations et des subtilités politiques propres à la société distincte qu'est le Québec.

Les proches collaborateurs du premier ministre, Gerry Butts en tête, désiraient à tout prix éviter des luttes d'influence entre les ministres du Québec ou des dérapages à la Alfonso Gagliano, ancien ministre des Travaux publics qui était aussi le lieutenant politique de Jean Chrétien au Québec et qui a été un des acteurs politiques du scandale des commandites.

Ces mêmes collaborateurs avaient aussi encore en mémoire la démission fracassante de Denis Coderre, alors qu'il était lieutenant de Michael Ignatieff, qui avait quitté ses fonctions en accusant les bonzes du Parti libéral de vouloir contrôler l'aile québécoise à partir de Toronto.

«À quoi ça sert d'avoir un lieutenant du Québec quand t'as un général du Québec? », avait d'ailleurs affirmé Justin Trudeau en mai 2016, à Montréal, alors qu'il était appelé à défendre à nouveau sa décision d'abolir ce poste.

Au cours des derniers mois, toutefois, les députés libéraux du Québec ont discrètement tenté de convaincre le premier ministre de revenir sur sa décision alors que les prochaines élections fédérales apparaissent sur l'écran radar. Des ministres du gouvernement Couillard ont aussi tenté de faire passer un message à leurs homologues fédéraux, au cours des derniers mois, à savoir qu'il serait nettement plus simple de dialoguer avec le gouvernement Trudeau s'il y avait un lieutenant politique en poste, selon nos informations.

«Le caucus en a fait la demande. Mais la réponse est toujours la même», a confié un député libéral en fin de semaine durant le congrès national du Parti libéral, qui a eu lieu à Halifax.

«Nous avons besoin d'un lieutenant pour assurer une meilleure cohésion des troupes et pour avoir un message plus cohérent. C'est bien d'avoir un général, mais il ne peut pas être partout en même temps.»

Un autre député libéral a toutefois affirmé qu'il appuyait la position de son chef, disant ne pas vouloir revivre les années difficiles qui ont suivi les passages d'Alfonso Gagliano ou de Denis Coderre à ce poste.

Pour bon nombre de libéraux du Québec, toutefois, la lettre au ton moralisateur qu'a envoyée le ministre fédéral de l'Immigration Ahmed Hussen la semaine dernière au gouvernement du Québec dans le dossier des migrants qui traversent la frontière de façon irrégulière démontre encore une fois que l'absence d'un lieutenant politique fait cruellement défaut.

«Cette lettre n'aurait jamais été envoyée au gouvernement du Québec si elle avait été vue par un lieutenant politique au Québec», a certifié un stratège libéral.

Dans sa lettre, le ministre Hussen a demandé au gouvernement du Québec de maintenir un nombre suffisant de lieux d'hébergement temporaires pour les demandeurs d'asile, à défaut de quoi cela «risque de créer des retards à la frontière et d'entraîner une situation humanitaire inacceptable».

«Nous devons éviter de causer des souffrances indues aux familles en quête de protection», a-t-il aussi écrit, sans toutefois répondre à la demande de compensation financière du Québec, qui accueille sur son territoire la majorité des migrants qui franchissent de manière irrégulière la frontière canado-américaine depuis un an.

Le ton de cette lettre a soulevé l'ire de plusieurs députés libéraux fédéraux du Québec, mais aussi du premier ministre Philippe Couillard, qui a soutenu que la réponse du ministre Hussen «n'est pas acceptable».

Il a ajouté qu'elle «montre une méconnaissance complète des réalités du terrain, de ce que le Québec a vécu l'an dernier et ce que, bien sûr, on va vivre cette année selon les projections».

La riposte musclée de Philippe Couillard, reprise au bond par le Nouveau Parti démocratique (NPD) à la Chambre des communes, a forcé le gouvernement Trudeau à faire rapidement marche arrière. Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a de nouveau été appelé en renfort pour éteindre le brasier, comme il a été périodiquement appelé à le faire depuis l'arrivée au pouvoir des libéraux lorsque des dossiers plus controversés émergent à la surface de l'actualité politique.

Pour sa part, le chef du Parti conservateur Andrew Scheer se fie à l'instinct de son lieutenant politique au Québec, Alain Rayes, pour faire des gains dans la province. La semaine dernière, les deux hommes ont lancé une tournée de consultations au Québec pour que les Québécois expriment ce qu'ils souhaiteraient voir dans le programme du parti en prévision des prochaines élections. Rien n'est écarté : déclaration de revenus unique pour les contribuables québécois, pouvoirs accrus en matière de culture et d'immigration, ou encore encadrement du pouvoir fédéral de dépenser font partie des mesures qui pourraient être mises sur la table pour séduire l'électorat québécois.

À son dernier congrès à Ottawa, en février, le NPD, mené par le lieutenant politique de Jagmeet Singh au Québec, Alexandre Boulerice, en a fait autant pour conserver ses acquis dans la province : déclaration de revenus unique pour les contribuables du Québec, reconnaissance que le rapatriement de 1982 a été une erreur historique et contraindre Netflix à percevoir les taxes à la consommation, comme le font les autres acteurs de l'industrie culturelle au pays.

À titre de comparaison, en fin de semaine, le Québec ne semblait pas du tout sur l'écran radar des militants libéraux à leur congrès à Halifax, du moins si l'on se fie aux 15 résolutions qui ont été adoptées et qui pourraient faire partie du programme électoral. Les militants libéraux ont en effet jeté leur dévolu sur des résolutions visant à créer un programme national d'assurance médicaments (un tel programme existe déjà au Québec), à légaliser la prostitution, à décriminaliser la possession et la consommation de petites quantités de drogues illicites ou à établir un modèle de revenu minimum garanti, entre autres choses.

S'il y avait eu un lieutenant politique dans les rangs libéraux, il aurait sans doute cru bon de rappeler aux apparatchiks du parti en fin de semaine qu'il y a des sièges à protéger au Québec, voire des gains à y faire si les libéraux veulent obtenir un deuxième mandat majoritaire.

«Durant une élection, les gens ne votent pas pour ce que vous avez fait. Ils votent pour ce que vous leur promettez de faire», disait souvent feu le commentateur politique Jean Lapierre, qui a aussi été le lieutenant politique de Paul Martin au Québec.




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