Le ministère fédéral des Ressources naturelles a dépensé 5000 $ pour acheter 3600 mentions «J'aime» sur Facebook, a-t-on appris mardi, une dépense jugée frivole par l'opposition conservatrice à Ottawa.

Mis à jour le 18 avr. 2018
MAXIME BERGERON LA PRESSE

Pendant la période des questions à la Chambre des communes, le député conservateur de Colombie-Britannique Dan Albas a révélé cet investissement publicitaire surprenant, effectué pour faire la promotion du programme de certification fédéral «Energy Star» sur Facebook.

«Est-ce que le ministre des Ressources naturelles croit que ce 5000 $ est mieux dépensé en achetant des "J'aime" sur Facebook, plutôt que d'aider les Canadiens les plus vulnérables?» a-t-il lancé.

Sans répondre directement à sa question, le ministre de l'Innovation, des Sciences et du Développement économique Navdeep Bains a répliqué en vantant le bilan libéral en matière de création d'emplois.

Quel objectif?

Selon des documents déposés cette semaine à la Chambre des communes, diffusés mardi par le site iPolitics, le ministère des Ressources naturelles a dépensé 3500 $ en octobre et en novembre derniers pour acheter 2668 «J'aime» sur la version anglaise de la page Facebook d'Energy Star Canada.

Cela représente 20% de toutes les mentions «J'aime» de la page.

Ottawa a aussi allongé 1500 $ pour acheter 943 mentions «J'aime» sur la page en français d'Energy Star, soit la moitié du nombre total de mentions (1900).

Aucun autre ministère fédéral n'aurait acheté de mentions «J'aime» sur Facebook depuis deux ans, selon iPolitics.

Facebook populaire à ottawa

L'affection du gouvernement de Justin Trudeau pour Facebook, qui se trouve aujourd'hui au coeur d'une controverse internationale en raison du scandale Cambridge Analytica, ne date toutefois pas d'hier.

La Presse a révélé en février que le gouvernement fédéral avait plus que triplé ses achats publicitaires sur Facebook pendant la dernière année. Ils ont atteint 4,6 millions de dollars.

Au total, Ottawa a dépensé 16,8 millions sur des plateformes comme Facebook et Google l'an dernier, soit 54,7% de sa facture publicitaire totale, selon un document préparé par Services publics et Approvisionnement Canada.

Cette forte augmentation avait fait sourciller plusieurs experts en fiscalité et membres de l'opposition à Ottawa.

Les géants étrangers du web ne sont pas tenus de prélever les taxes de vente au Canada, en plus de ne pas avoir à payer d'impôts d'entreprises. Ces sociétés ont en outre recours à des stratagèmes d'optimisation dans les paradis fiscaux.

Les millions en argent public dépensés par Ottawa sur ces plateformes envoient un message équivoque, avaient estimé les critiques, puisque le gouvernement fédéral répète depuis deux ans et demi vouloir s'attaquer à l'évasion fiscale par tous les moyens mis à sa disposition.