Le sonneur d'alerte au coeur du scandale sur l'utilisation des données personnelles de 50 millions d'abonnés de Facebook, le Canadien Christopher Wylie, sera appelé à comparaître devant un comité de la Chambre des communes à Ottawa afin d'expliquer, entre autres, le travail qu'il a effectué pour le bureau de recherche libéral au début de 2016.

JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

M. Wylie, qui s'est vu octroyer un contrat de 100 000 $ par le bureau de recherche libéral afin de sonder l'opinion des Canadiens sur les priorités du gouvernement et les enjeux nationaux, de « surveiller les performances des députés libéraux dans leurs communications avec leurs électeurs » et de « mettre en place des outils de surveillance des réseaux sociaux », a déjà accepté de témoigner devant un comité d'élus en Grande-Bretagne et devant un comité du Congrès à Washington.

Jeudi martin, le NPD a réussi à faire adopter une motion au comité de l'accès à l'information, des renseignements personnels et de l'éthique des Communes afin de convoquer aussi M. Wylie dans le cadre d'une large enquête qu'il entreprend sur les répercussions sur la vie privée de l'utilisation de données privées par les géants du Web comme Facebook et les conséquences sur l'intégrité du processus démocratique au pays et ailleurs dans le monde.

« Nous voulons entendre le témoignage de M. Wylie », a indiqué à La Presse Sarah Andrews, la directrice adjointe aux communications du NPD, après l'adoption de la motion parrainée par le député néo-démocrate Charlie Angus.

La motion du NPD prévoit aussi que l'on convoque le commissaire à la protection de la vie privée du Canada, Daniel Therrien, des administrateurs et des dirigeants de grandes entreprises de plateforme numérique comme Facebook, Amazon et Google.

La date de la comparution de M. Wylie, qui a déjà fait savoir qu'il est prêt à témoigner devant un comité de la Chambre des communes, n'a pas encore été arrêtée.

Hier, mercredi, le gouvernement Trudeau a confirmé que le bureau de recherche libéral - une entité financée à même l'argent des contribuables qui effectue de la recherche pour l'aile parlementaire du gouvernement - a accordé un contrat à l'entreprise Eunoia Technologies, appartenant à M. Wylie, quelques mois seulement après la victoire des libéraux aux élections fédérales d'octobre 2015.

Le mandat accordé à l'entreprise de M. Wylie était multiple. L'entreprise devait d'abord concevoir et organiser plusieurs échantillons nationaux de Canadiens afin d'explorer les réponses aux priorités stratégiques du gouvernement et d'autres questions d'importance nationale.

Ensuite, elle devait « établir des partenariats avec des membres du caucus libéral et recruter des électeurs pour cerner un éventail d'enjeux locaux ou régionaux qui ne sont pas couverts par les exercices de sondage nationaux généraux ».

Aussi, l'entreprise devait donner un coup de main au bureau de recherche libéral afin de créer « une infrastructure et de surveiller les performances des députés libéraux dans leurs communications avec leurs électeurs ».

Enfin, cette entreprise devait aussi permettre de doter le bureau de recherche libéral d'acquérir et de mettre en place « des outils de surveillance des médias sociaux ».

Dans un communiqué de presse, la directrice générale du bureau de recherche libéral, Melissa Cotton, a affirmé qu'il n'y a pas eu d'autre contrat accordé à l'entreprise après avoir vu le travail qu'elle avait effectué.

« À aucun moment, Eunoia Technologies n'a eu accès aux données du Bureau de recherche libéral. Le projet avec Eunoia Technologies, dont la valeur s'élevait à 100 000 $, a été effectué conformément aux règles d'approvisionnement de la Chambre des communes », a affirmé Mme Cotton.

Ces révélations surviennent alors les pressions s'accentuent sur Facebook et sur Cambridge Analytica pour expliquer pourquoi les données personnelles de millions d'abonnés de Facebook ont été utilisées sans leur consentement, notamment par les stratèges républicains durant la campagne présidentielle, remportée par Donald Trump en novembre 2016.

M. Wylie, qui a déjà travaillé au bureau de l'ancien chef du Parti libéral Stéphane Dion en 2007 et au bureau de son successeur Michael Ignatieff, jusqu'en 2009, vit actuellement à Londres, en Grande-Bretagne. Il a contribué à la création de la firme britannique Cambridge Analytica, en 2014, avec l'ancien stratège de Donald Trump, Steve Bannon.

En janvier 2016, plusieurs mois avant la victoire électorale de Donald Trump, M. Wylie a offert ses services au bureau de recherche du caucus libéral afin d'augmenter l'expertise des libéraux en matière d'utilisation de données.