Plus de la moitié des Québécois appuient l'idée d'abolir le Sénat. Mais en même temps, ils ne sont pas convaincus que la meilleure façon d'y arriver est de tenir un référendum pancanadien sur cette question.

Publié le 19 nov. 2013
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Alors que le scandale des dépenses au Sénat continue d'ébranler le gouvernement Harper à Ottawa, la firme de sondage CROP a mesuré la perception des Québécois envers cette institution en leur posant trois questions: doit-on l'abolir, la réformer ou encore maintenir le statu quo?

Dans une forte proportion (52%), les Québécois estiment que l'heure est venue d'abandonner le Sénat. Seulement 33% des répondants croient au contraire qu'il faut profiter de l'occasion pour le réformer, tandis que 15% des personnes interrogées affirment être à l'aise avec le statu quo.

Autre fait intéressant, les électeurs qui appuient le NPD et le Bloc québécois se montrent les plus enthousiastes à l'idée de se débarrasser du Sénat (70 et 68% respectivement). Les réformistes sont plus nombreux chez les militants libéraux (47%). Dans les rangs conservateurs, on est plus partagé: 40% se disent prêts à abolir le Sénat et une proportion presque aussi importante (37%) affirme qu'il faut le réformer.

«Nous avons offert trois options aux personnes interrogées, et une majorité simple des Québécois s'est dite favorable à l'abolition pure et simple du Sénat. Donc, c'est beaucoup, d'autant que le mot «réformer» a une connotation positive. C'est un puissant message», a affirmé Youri Rivest, de la firme CROP.

Faut-il tenir un référendum pour trancher la question, comme l'a récemment proposé le ministre d'État aux Petites Entreprises Maxime Bernier, dans une entrevue à La Presse? La population est divisée en deux camps: 50% des répondants reprennent cette idée à leur compte; 50% s'y opposent.

«Nous, les Québécois, avons une drôle de relation avec les référendums. Nous avons dit non à trois référendums [au cours des trois dernières décennies]. Cette idée ne plaît donc pas à une majorité», a dit M. Rivest.

C'est la première fois que la firme CROP sonde l'humeur des Québécois envers le Sénat.



Quelques chiffres

52%: Proportion des Québécois se disant pour l'abolition du Sénat, dont 55% chez les francophones. Chez les anglophones et les allophones, ils ne sont que 36% à favoriser cette option. 



62%: C'est dans la région de Québec que l'on retrouve la plus forte proportion de répondants qui appuient l'abolition, soit 62%. Seulement 30% des gens de la Vieille Capitale croient au contraire qu'il est préférable de réformer la Chambre haute.

88%: La décision du premier ministre Stephen Harper de faire adopter une motion au Sénat pour suspendre sans salaire trois sénateurs ayant réclamé des dizaines de milliers de dollars en dépenses injustifiées récolte un large appui chez les Québécois. En tout, 62% des répondants disent fortement appuyer cette décision et 26% s'y disent assez favorables.



33%: À peine le tiers des répondants croit le premier ministre Stephen Harper quand il dit qu'il n'était pas au courant du fait que son ancien chef de cabinet, Nigel Wright, a rédigé un chèque personnel de 90 000$ pour aider le sénateur Mike Duffy à rembourser les allocations de logement qu'il a indûment empochées. En tout, 67% disent ne pas le croire du tout. Mais les militants conservateurs font bande à part: 78% d'entre eux disent le croire tout à fait ou en partie.