Il n'y a pas si longtemps, Shelly Glover se déguisait en prostituée pour arrêter des clients dans les rues de Winnipeg ou en acheteuse de cigarettes pour épingler des réseaux de contrebande. Lundi, le premier ministre Stephen Harper l'a nommée ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles.

Hugo De Grandpré LA PRESSE

Cette sergente de patrouille en congé sabbatique du service de police de la capitale manitobaine reconnaît que son expérience professionnelle ne la prédisposait pas nécessairement à occuper ses nouvelles fonctions. Mais en entrevue téléphonique avec La Presse, elle plaide pour que les gens du milieu culturel lui «donnent une chance».

Une artiste

«La plupart des personnes vont voir la biographie de Shelly Glover et ils vont juste voir des petits morceaux, mais ce n'est pas le portrait complet de ce que je suis. Alors, j'espère qu'ils vont me donner la chance de partager avec eux qui je suis et ce qui compte dans mon coeur», dit-elle.

Mme Glover, 46 ans, a cinq enfants, dont «un fils qui est artiste et qui joue présentement dans le festival Fringe». Elle précise qu'elle-même adore le théâtre et la danse. «J'ai dansé pendant 10, 12 ans comme jeune fille», dit-elle. Et «j'ai écrit une pièce en 9e année avec mes camarades et j'ai fait partie du Festival théâtre jeunesse pendant plusieurs années à l'école».

D'ailleurs, «il y a beaucoup de personnes qui participent aux arts et à la culture et dont ce n'est pas la profession», souligne-t-elle.

D'ascendance métisse et née de parents anglophones, la députée de la circonscription manitobaine de Saint-Boniface est parfaitement bilingue grâce aux programmes d'immersion française. Elle est mariée à un policier à la retraite et a elle-même servi au sein des forces policières pendant près de 19 ans. Elle a fait le saut en politique il y a cinq ans et a depuis occupé les fonctions de secrétaire parlementaire des ministres des Langues officielles, des Affaires autochtones et des Finances.

La nouvelle ministre fait partie de ces huit «nouveaux visages» nommés au cabinet par Stephen Harper lors du remaniement ministériel de lundi.

Candidement, elle raconte que lorsqu'elle a rencontré M. Harper, récemment, elle s'attendait à «continuer en finances». «Tout à coup, il me dit: «Je veux te donner une promotion...» Et voilà! Patrimoine canadien et Langues officielles... «Alors j'ai dit: «Vraiment? Quoi? C'est vraiment fantastique!»»

Tournée des provinces

Trois jours après sa nomination, elle se familiarise avec ses nouvelles responsabilités, dont les dossiers des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération, en 2017, et l'ouverture du Musée canadien pour les droits de la personne, à Winnipeg, en 2014.

La ministre souhaite entreprendre une tournée des provinces dans les prochaines semaines pour rencontrer des intervenants et certains de ses homologues. Cette tournée inclurait le Québec, où les relations entre les acteurs de l'industrie culturelle et le gouvernement Harper n'ont pas toujours été au beau fixe.

«Je veux les écouter, dit-elle au sujet de ses interlocuteurs locaux, dont ceux du Québec. Je veux entendre leurs enjeux, leurs inquiétudes, leurs défis. Je veux les aider.»

Or, selon elle, les gestes de son ministère n'ont pas toujours été bien communiqués par les médias. Elle souhaite maintenant remettre les pendules à l'heure.

«Je veux aussi qu'elles m'écoutent, poursuit donc la ministre au sujet de cette tournée des provinces, pour qu'on puisse avoir un rapport, un échange qui va contribuer à développer des relations qui sont vraiment basées sur la réalité des choses.»