La démission dimanche matin du chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright, ne ramènera pas le calme à Ottawa. Le Nouveau Parti démocratique demande maintenant à la Gendarmerie royale du Canada d'enquêter sur le don de 90 000 $ qu'a versé M. Wright au sénateur conservateur Mike Duffy.

Annabelle Blais LA PRESSE

«Avec tant de questions sans réponses et de si graves allégations, les néo-démocrates ont écrit [lundi] au commissaire de la GRC parce que nous sommes inquiets de la possibilité que ces actions aient enfreint des lois», a indiqué la porte-parole de l'opposition officielle en matière de justice, Françoise Boivin.

Nigel Wright a reconnu qu'il avait donné 90 000$ au sénateur Duffy pour l'aider à rembourser des allocations de résidence perçues illégalement. Jeudi, deux jours après que le réseau CTV eut révélé les faits, Duffy, qui n'avait pas déclaré ce cadeau alors qu'il en avait l'obligation, a quitté le caucus conservateur. Trois jours plus tard, Wright démissionnait.

Ces départs n'ont pas satisfait l'opposition. «On essaie d'étouffer l'affaire, mais ça ne marchera pas», a indiqué le néo-démocrate Alexandre Boulerice.

«La démission de Wright confirme qu'il y a quelque chose d'épouvantable qui s'est passé, a ajouté le député libéral Dominic LeBlanc. Le numéro 1 au cabinet du premier ministre ne démissionne pas s'il croit que tout est correct.»

Le NPD compte talonner les conservateurs afin d'obtenir des réponses. Il veut savoir si s'agit du seul «cadeau» versé à M. Duffy et si d'autres personnes ont eu droit à ce genre de passe-droit. «Qu'elle était la contrepartie à ce cadeau?», a demandé la députée Françoise Boivin.

Selon CTV, un des éléments de l'entente était que Duffy devait garder le silence «sur ordre du bureau du premier ministre», selon un courriel obtenu par le réseau. L'ex-conseiller juridique du premier ministre, Benjamin Perrin, aurait participé à l'écriture de cette entente, a précisé CTV.

L'opposition veut également savoir ce qu'en savait le premier ministre.

«Je n'avais pas informé le premier ministre de la manière dont les dépenses du sénateur Duffy ont été remboursées, que ce soit avant ou après les faits» a affirmé pour sa part M. Wright dimanche.

Le bureau du premier ministre n'a pas commenté la demande d'enquête du NDP. Le porte-parole Carl Vallée s'est contenté de répondre que la décision d'ouvrir une enquête appartenait à la GRC. Il a réitéré que M. Wright collaborait avec la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique dans le dossier en question.

À l'issue de cet examen, la commissaire Mary Dawson déterminera si une enquête s'impose. La conseillère sénatoriale en éthique, Lyse Ricard, se penche aussi sur cette affaire.

La GRC n'a pas rappelé La Presse hier. Le corps de police a toutefois déjà indiqué qu'il examinait les réclamations de dépenses du sénateur Duffy et des sénateurs indépendants Patrick Brazeau et Mac Harb.

Par ailleurs, la nomination de Ray Novak, secrétaire principal du premier ministre au poste de chef du cabinet ne rassure en rien l'opposition. M. Novak fait partie de la garde rapprochée de Stephen Harper et le libéral Dominic LeBlanc s'imagine mal que le numéro 2 du cabinet n'ait pas été au courant des agissements de son ancien patron.

Selon Mme Boivin, tant que M. Harper ne dit pas toute la vérité, il laisse le champ libre aux spéculations.

Les partis de l'opposition promettent de revenir à la charge avec ce scandale ce mardi aux Communes. M. Harper échappera toutefois momentanément à la tempête puisqu'il sera en voyage officiel au Pérou et en Colombie cette semaine. Le premier ministre s'adressera à son caucus mardi matin à Ottawa avant de quitter le pays.

«M. Harper se trompe s'il croit qu'il peut nous faire oublier. Ce n'est pas un voyage en Amérique du Sud qui fera qu'on va passer à autre chose», a martelé Mme Boivin.

- Avec La Presse Canadienne